Mythiques Mirages de l’escadrille des Cigognes, guerre froide, menace nucléaire, espions venus du froid… furent — dès les premiers épisodes de la série née dans Pilote en 1959 — les ingrédients récurrents des aventures de Michel Tanguy et de l’inénarrable Ernest Laverdure. Et cela s’est poursuivi tout au long des années 1960. Depuis 2016, le fameux duo est de retour, dans son jus, avec une série de diptyques passionnants qui auraient eu leur place dans Pilote, au temps lointain de son âge d’or. Voici la conclusion mouvementée d’un quatrième diptyque signé par un duo d’auteurs talentueux, lequel a repris, sans avoir à en rougir, les héros imaginés par les immenses Jean-Michel Charlier et Albert Uderzo.
Lire la suite...« La Maison » par Paco Roca
L’Espagnol Paco Roca nous étonne, une fois de plus, avec un superbe album intimiste, au format à l’italienne. Après avoir traité avec intelligence de la maladie d’Alzheimer dans « Rides » (adapté sous le titre « Tête en l’air » en long-métrage animé, voir aussi Plus de lectures de BD du 26 mars 2007), il aborde, ici, le thème de la disparition d’un être cher à travers le souvenir, la nostalgie, l’héritage…
De son « Jeu lugubre » (sur une vie fantasmée de Salvador Dali) à sa « Nueve » (l’odyssée tragique de ses compatriotes républicains exilés, qui furent les premiers à entrer dans Paris le 24 août 1944, voir : « La Nueve » par Paco Roca), en passant par « Les Rues de sable » (voir : Plus de lectures BD du 18 mai 2009), ou par « L’Ange de la Retirada » par P. Roca et S. Dounovetz et « L’Hiver du dessinateur » par Paco Roca, Francisco Martinez, dit Paco, Roca tisse une œuvre sensible qui ne peut pas vous laisser indifférent.
En se basant sur sa propre expérience, le travail narratif et figuratif qu’il nous livre aujourd’hui dépasse la simple autobiographie, car il met en avant, avec habileté, l’émotion que suscite, après la disparition d’un proche parent, la dispersion des objets qu’il a rassemblés toute sa vie durant : un décor que ses héritiers ont côtoyé régulièrement pendant leur enfance.
Ainsi, relate-t-il, entre rangements et réparations, l’attachement de deux frères (José et Vicente) et d’une sœur (Carla) pour une maison de campagne que leur père a construite avec ses mains et a patiemment entretenue durant toute sa vie. Revenus dans cette demeure pour en organiser la vente, tous, placés dans des états d’esprit différents, se remémorent des souvenirs liés à tous les objets qui s’y trouvent, même les plus anodins.
Tout le sens du détail de l’auteur se retrouve dans des planches minimalistes, au format oblong et de couleurs à dominante ocre, qui se succèdent sans jamais suggérer le moindre ennui : son trait sobre, s’approchant d’une certaine ligne claire, enrobant de la manière la plus juste possible ce récit touchant, mais jamais pathétique.
Il a su le découper de manière fluide et originale, laissant au lecteur le temps qu’il faut à la réflexion, juste avant qu’il ne soit happé par la case suivante.
 Gilles RATIER
 « La Maison » par Paco Roca
Éditions Delcourt (16,95 €) – ISBN : 978-2-7560-8102-1














