Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...Siné : ma vie, mon œuvre, ma mort !
« Si je casse ma pipe, on aura la prochaine couv’ ! » C’est ce qu’a dit Siné à ses proches, sur un lit d’hôpital, le 15 février dernier, après avoir dessiné la couverture — oh combien émouvante — de « Merci Bob » : numéro hommage publié tout juste quinze jours après sa disparition.
Un numéro de 40 pages en couleurs (5,90 €, en kiosque, voir www.sinemensuel.com) à l’image de ce champion des coups de gueule, de celui qui a dézingué les injustices et la connerie tout au long d’une carrière de plus de soixante-cinq ans.
De la reprise de l’interview publiée dans le n° 14 du mensuel (en novembre 2012), aux premiers jets du tome 10 de « Ma vie, mon œuvre, mon cul ! » qui, hélas, ne paraîtront jamais dans leurs formes définitives, ce qu’il pressentait (« Ça m’emmerde ! Avec ma putain de leucémie, je serai probablement mort sans avoir écrit la moindre ligne du tome 11 »), car ce n’est pas un, mais deux volumes qu’il estimait nécessaires pour boucler ces mémoires aussi passionnantes que politiquement incorrectes.
Un numéro qui présente un choix de ses dessins : les premiers publiés dans France dimanche au début des années cinquante, les derniers dans son journal Siné mensuel… Des dessins politiques féroces pour ses propres ouvrages et journaux aux images coquines publiées dans Lui (de 1963 à 1998), en passant par les thèmes chers à son cœur : les chats, le jazz, les femmes, la bonne bouffe et le pinard. Nous retrouvons tout le temps son humour féroce qui savait parfois se faire tendre.
On peut aussi y savourer ses couvertures, ses affiches, ses travaux publicitaires, sa passion pour la musique… et surtout sa rage de patron de presse avec Siné massacre, L’Enragé, Siné hebdo puis mensuel. Les reprises de textes de Marcel Aymé, Michel Polac, Umberto Eco, Renaud, Guy Bedos, Jean Marie Laclavetine, Delfeil de Ton et Philipe Val rappellent que l’humour de Siné était aussi apprécié par les hommes de plume. Enfin, en attendant le prochain numéro du mensuel où ses collaborateurs lui rendront hommage (parution le premier jeudi de juin), « Merci Bob » en est un avant-goût, avec des dessins de Philippe Geluck, Yann Lindingre, Gérald Poussin, Willem, Jiho, Paul Carali, Jean Solé, Berth, Mix & Remix… À la fois numéro hommage émouvant et retour sur une vie bien remplie, ce numéro hors-série (le quatrième) laisse espérer un bel avenir à Siné mensuel : journal qui fait mal (et ça fait du bien), qu’il a fondé et que ses amis continueront à faire vivre avec passion.














Mort aux cons, et lui est mort. C’est pas juste !
Dans les très nombreux dessins de Bob : la couverture du Clochemerle de Gabriel Chevalier. Pour un livre paillard et anti-militariste, c’éatit un bon choix.