Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...« Sérum » par Nicolas Gaignard et Cyril Pedrosa
Pour la première fois, l’auteur inspiré de « Trois ombres » (chez Delcourt) ou de « Portugal » (chez Dupuis) (1) a écrit un scénario pour un autre de ses collègues : un surprenant récit d’anticipation politique, la fois intime et fascinant, sur fond de parabole sur le mensonge.
À la suite d’une condamnation, Kader vit un enfer social dans cette France de 2050 où le pouvoir est tombé aux mains d’un régime autoritaire : sous l’emprise d’un sérum psychoactif, il est obligé de dire tout haut ce qu’il pense tout bas. Cela a pour résultat d’amplifier ses tensions avec les autres humains, car le mensonge sert aussi de régulateur social dans notre vie quotidienne.
Ainsi, reclus dans un appartement de la zone de transit, il se retrouve très vite dans une grande solitude, ne parlant plus à personne et s’étant même séparé de sa femme et de sa fille. Pendant ce temps-là, la présidente de la République, elle, martèle, avant chacune de ses interventions ou interviews, qu’elle dit toujours la vérité aux Français : ce qui n’empêche pas une organisation clandestine de se préparer à une spectaculaire action de révolte.
Avec son style graphique élégant, entre celui de Blutch et celui de Frederick Peeters, Nicolas Gaignard — un illustrateur et graphiste pratiquement inconnu, mais qui ne devrait pas le rester longtemps —, est totalement en adéquation avec le scénario anxiogène et addictif de Pedrosa qui met en exergue les contradictions humaines.
Entre le « 1984 » de George Orwell ou la bande dessinée « SOS bonheur » illustrée par Griffo (dont une seconde époque déboule ces jours-ci chez Dupuis, Stephen Desberg remplaçant Jean Van Hamme au scénario), ce récit futuriste mérite vraiment que vous vous y attardiez !
Gilles RATIER
(1) Voir : « Portugal » par Cyril Pedrosa.
« Sérum » par Nicolas Gaignard et Cyril Pedrosa
Éditions Delcourt (18,95 €) – ISBN : 978-2-7560-6591-5













Ca a l’air absolument passionnant (et… anxiogène, oui, avec une dimension prospective qu’on espère pas trop prémonitoire !) et je suis « soufflé » par la qualité graphique qu’on découvre dans ces quelques planches. Ce parti-pris des aplats de couleurs (en demi-teintes sourdes magnifiquement choisies et conjuguées) associés à un trait souple, vif, riche en matières et hachures, ça fonctionne admirablement bien. Bien vu, M. Ratier, ce côté « Peeters’Blutchien » ^^ ; l’ambiance graphique et narrative m’évoque aussi un peu le mélange élégance/dureté (et l’intensité) des dessins de Rochette pour Le Transperceneige… De sacrés compliments, en somme !
Merci pour cette présentation, mission remplie : l’album s’ajoute d’emblée à ma liste des achats de fin d’année !