Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...« Exilium T 1 : Koïos » par Éric Stalner et Cédric Simon
Après avoir parcouru la grande Histoire, Éric Stalner revient à la science-fiction, genre où il s’était déjà brillamment illustré avec « La Zone » et « Voyageur ». Un retour à son genre de prédilection, avec une trilogie passionnante dont il cosigne le scénario aux côtés d’un jeune débutant, Cédric Simon.
Le mardi 27 septembre 2189, le gigantesque vaisseau spatial et joyau de la flotte, le Glory décolle de son aire d’envol de Milan pour un voyage de 27 jours terrestres, qui doit le conduire à la station balnéaire Paradis Lunella. Commandé par le capitaine Sonntag et composé de 322 membres d’équipage, le géant emporte 2 728 passagers.
À bord, Koïos, entité mystérieuse qui observe tout ce qui vit, a tout prévu, même la longue dérive de 179 ans sans espoir de retour et l’écrasement sur Kayenn. Un enfer vert où les rescapés ont construit un cloaque autour du vaisseau où ils survivent, luttant contre la végétation luxuriante vivante et mortelle qui, sans cesse, les attaque. Endommagé, l’ordinateur central du Glory n’en fait qu’à sa tête, déverrouillant certaines zones, ramenant un à un à la vie les voyageurs en hibernation.
Sonntag, réveillé 65 ans après le crash, découvre une cité délabrée et une population réduite à 829 descendants à l’abandon, dirigés d’une main de fer par le Premier. Le capitaine est prêt à tout pour fuir ce piège, remettre le vaisseau en état de marche, aidé par quelques résistants téméraires. Luz, belle et sauvage jeune femme protégée par la forêt qui ne l’attaque pas, semble être la seule à connaître le mystère qui règne sur Kayenne et peut-être les raisons qui ont poussées Koïos à y conduire le vaisseau terrien… La conclusion surprenante de ce premier épisode ouvre les portes à bien des suppositions.
Éric Stalner écrit un scénario ambitieux et riche en coups de théâtre, aux nombreux protagonistes aux caractères soigneusement étudiés. Il est secondé à l’écriture par son fils, Cédric Simon, né en 1992, détenteur d’une licence en sociologie économie mais fermement décidé à faire carrière dans l’univers de la bande dessinée. Que l’on soit dans les entrailles du vaisseau, au cœur de la forêt hostile où dans la cité à l’abandon, Éric Stalner multiplie les images impressionnantes au fil de planches à la mise en page dynamique. Une histoire classique au découpage serré qui comblera un large lectorat. Excellente initiative : les trois albums que comptera cette saga prometteuse seront publiés en moins d’un an.
Henri FILIPPINI
« Exilium T. 1 : Koïds » par Éric Stalner et Cédric Simon
Éditions Glénat (14,50 €) – ISBN : 9 782344 01 938 2











