Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...Lettre d’amour et questionnement sont au programme de l’été avec « Stand by Me, Love Letter »…
Avec son histoire en un seul volume et quatre chapitres, Riho Masuda nous emmène dans les rêveries sentimentales de la jeune Hazuki Aikawa. Ce titre des éditions Akata nous fait une nouvelle fois découvrir une dessinatrice exceptionnelle et une conteuse de talent qui a su développer un univers ou questions et réponses se télescopent sans cesse. On est immergé dans le flot de sentiments contradictoires que développe l’héroïne dans cette romance simple, qui du coup, n’a rien de banal !
Les vacances d’été vont bientôt débuter et au japon, cela marque le milieu de l’année scolaire, contrairement à la France où cette période sert de transition entre deux classes. C’est à ce moment-là qu’Hazuki Aikawa reçoit une lettre pleine de tendresse d’un garçon qu’elle ne connaît pourtant pas. Du coup, elle ne peut accepter de devenir la petite amie de cet inconnu pourtant fort sympathique au premier abord. Gênée, elle va donc éconduire le jeune homme de manière courtoise. Depuis ce jour-là, elle se rend compte qu’elle croise régulièrement ce camarade auquel elle ne portait pas vraiment attention auparavant. De fil en aiguille, elle va commencer à développer des sentiments de sympathie envers lui, et peut être bien qu’elle va changer d’avis et accepter la proposition initiale.

Récit léger, rempli d’émotions « Stand by Me, Love Letter », a tout du shōjo manga classique. Mais en creusant un peu plus, on découvre un récit loin d’être consensuel. C’est une histoire banale, comme il en arrive tous les jours. Une déclaration d’amour manquée extrêmement bien mise en scène avec un petit côté nostalgique lié au dessin légèrement suranné de Riho Masuda. C’est ce mélange qui fait immanquablement remonter des souvenirs à chaque lecteur en fonction de son vécu. En lisant « Stand by Me, Love Letter », le lecteur embrasse la vie de l’héroïne par procuration. Toutes ses pensées étant distillées au fil des cases, ce sont elles qui donnent le fil conducteur de cette pièce en quatre actes.

C’est en effet la première fois que Riho Masuda a développé une histoire en plusieurs parties. Habituée aux récits courts, elle prend le temps de faire évoluer très doucement les sentiments de ses deux protagonistes. Même si le premier chapitre peut s’apprécier tout seul, ce sont les trois autres, bien plus succincts, qui développent, tendrement, les sentiments naissant d’Hazuki Aikawa. On suit son cheminement intellectuel, son questionnement incessant sur ses nouvelles émotions. On arrive immanquablement à la même conclusion qu’elle, elle tombe petit à petit amoureuse de ce jeune homme à la lettre. Si celui-ci était bien mystérieux au départ, on a la chance de le découvrir au fil des pages, en même temps que l’héroïne. Il est bien sûr charmant, bienveillant et extrêmement compréhensif vis-à-vis d’Hazuki Aikawa.

Dans le texte d’ouverture du troisième chapitre, Riho Masuda le dit elle-même : « En fait, quand je dessine ce manga, j’aimerais bien que les lecteurs se sentent gênés au point d’avoir envie d’intervenir et d’interpeller les personnages : « Hé, qu’est-ce que vous faites, vous deux ? ! » Du coup, j’ai tout fait pour incorporer un maximum de clichés du shōjo. …/… c’est très amusant à dessiner, en revanche, c’est compliqué de faire en sorte que ça reste naturel. Après tout, on a tous nos propres opinions sur ce qui est cliché et ce qui ne l’est pas. »
Si le shōjo manga de type romantique est souvent décrié à cause de son côté irréaliste, ici, c’est une tout autre vision qui est proposée, plus phase avec les questionnements des jeunes filles. Riho Masuda a développé sur près de deux cents pages une histoire qui est habituellement expédiée en quelques cases en début de récit pour développer ensuite la relation amoureuse à proprement parler. Dans ce récit, cette relation n’existe pas, elle est sous-entendue par une fin ouverte qui relève de la sphère privée. C’est tout le cheminement qui s’opère entre une simple déclaration d’amour par lettre et sa concrétisation lente qui donne du sens à cette histoire fort simple et parfaitement mise en scène.
Gwenaël Jacquet
« Stand by Me, Love Letter » de Riho Masuda
Édition Akata (6,99 €) – ISBN : 2369743379












