Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...Le pacte de la léthargie réveillé par Miguelanxo Prado…
Grâce à cette passionnante intrigue policière morale et baroque, sur fond de conte fantastique, écologique et métaphysique, Miguelanxo Prado s’interroge surtout sur l’origine du surnaturel et sur le lien qu’a l’humanité avec la nature !
En effet, avec ce « Triskel volé » (dont le titre devait être, au départ, « Le Pacte de la léthargie ») de pas moins de 100 pages, ce toujours aussi talentueux que rare auteur galicien réussit à nous étonner, et à nous charmer, en renouvelant habilement ses thèmes habituels de prédilection : que ce soit le thriller (« Manuel Montano » en 1990 et « Proies faciles » en 2017), la mélancolie et la poésie (« Trait de craie » en 1992), le sarcasme (« Quotidien délirant » en 1996 et « Chroniques absurdes » en 2004 et 2005) ou le devoir de transmission (le magnifique et trop peu connu « Ardalén » en 2013). (1)
Un étudiant-chercheur découvre, sur la dernière étagère d’une bibliothèque de son département d’archéologie, les notes d’un vieux professeur à propos de la survivance d’un ordre magique. Alors que le rationalisme scientifique a depuis longtemps triomphé à l’université, ces recherches délirantes sur le merveilleux et les légendes celtiques, notamment sur ce très ancien ordre où deux castes sont destinées à s’affronter pour l’éternité, ont été très vite discréditées. Pourtant, il en a découvert des preuves incontestables inscrites sur un Triskel : une sorte de talisman qu’il s’est malheureusement fait voler, avant d’avoir fini de l’étudier !
Pendant ce temps-là, des êtres surnaturels dormant sous la terre (démon, fée et nain), lesquels sont chargés de s’assurer de la vie en harmonie avec la nature, sortent de leur léthargie, réveillés par le dérèglement social et environnemental qui nous entoure. Vont-ils anéantir l’humanité, avant que ce soit elle qui le fasse ?
Dans ce conte démoniaque rempli de rebondissements, où son trait anguleux, mis en valeur par de douces couleurs, fait une nouvelle fois merveille, Prado fait passer, avec habileté, son important message écologique moralisateur sur le devenir de l’humanité : un avenir ici entre les mains de chercheurs, d’aristocrates, de trafiquants et d’escrocs en tous genres…
(1) Sur Miguelanxo Prado, voir sur BDzoom.com : « Proies faciles » par Miguelanxo Prado, « Ardalén – Vent de mémoires » par Miguelanxo Prado, Plus de lectures du 27 août 2007, Plus de lectures du 26 juin 2006, ou Trait de Craie.
« Le Triskel volé » par Miguelanxo Prado
Éditions Casterman (20 €) — ISBN : 978-2-203-08498-8














