Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...Le racisme ordinaire dénoncé à travers une relation mère/fille dans le nouvel album de David Ratte…
L’auteur engagé du « Voyage des pères » aborde, avec sensibilité et justesse, la difficile question de la discrimination raciale au sein de la vie de tous les jours, dans « Ma fille, mon enfant » publié par le label Grand Angle : en plus de 90 pages, toutes en couleurs.
Dans la cuisine de l’appartement familial — situé dans un village de montagne méridional —, Chloé, 17 ans, annonce à Catherine, sa mère, que son petit copain, dont elle est raide dingue amoureuse, est un Arabe… et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette dernière le prend plutôt mal, s’écriant « Et il s’appelle Abdelaziz, en plus ? », tandis que l’adolescente lui répond « T’aurais voulu qu’il s’appelle Jean-Marie ? »
Eh oui, les préjugés ont la peau dure, surtout dans la sphère privée !Au fil de l’album, malgré les tentatives de conciliation du père, les relations entre les deux femmes se détériorent vite et deviennent quelques fois violentes, autant dans les mots que dans les gestes : Catherine refusant toujours d’accepter l’amour qui rapproche sa fille et son petit ami, au prétexte que celui-ci est d’origine maghrébine et de culture musulmane. Cependant, elle se défend d’être raciste : d’ailleurs, elle a même un collègue qui est… arabe !
Avec son dessin au trait clair, semi-caricatural et tout en douceur, et avec ses dialogues incisifs, drôles et poignants à la fois, David Ratte (dont le père est guadeloupéen, la mère franc-comtoise et la femme d’origine espagnole par ses parents) dépeint avec finesse la réaction excessive de cette mère qui accumule les préjugés sur le pourtant gentil et poli Abdelaziz. Et lorsqu’un évènement tragique va le frapper, Catherine voudra bien entendu soutenir sa fille, mais le lien est rompu…
Depuis le début de sa carrière dans Lanfeust Mag, puis aux éditions Paquet, cet auteur écolo aime traiter des thèmes d’actualité, avec des sujets de société qu’il teinte toujours d’humour, essayant de ne pas avoir un ton trop moralisateur : que ce soit quand il aborde la pollution sur la Terre avec les trois recueils de « Toxic Planet » (de 2006 à 2008), la religion avec les deux cycles du « Voyage des pères » (2007-2017) ou le choc des cultures avec la trilogie « Mamada » (entre 2013 et 2019), et bientôt la crise des réfugiés climatiques dans son prochain album.
(1) Sur David Ratte, voir sur BDzoom.com : Akouna… Mamada ?, « Mamada T1 : Époustouflante migrante » par David Ratte, Plus de lectures BD du 4 mai 2009 ou Toxic Planet : la belle réussite de David Ratte.
« Ma fille, mon enfant » par David Ratte
Éditions Grand Angle (18,90 €) — ISBN : 978-2-8189-6906-9















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