Né le 14 août 1926, le légendaire René Goscinny — disparu trop tôt à l’âge de 51 ans, en 1977 — aurait eu 100 ans cette année ! Une salve de livres célèbre aujourd’hui le centenaire du génial scénariste d’« Astérix », de « Lucky Luke » ou d’« Iznogoud » et créateur du « Petit Nicolas » (1), dont l’un est attendu depuis longtemps, puisque la première partie a paru en 2019. (2) Il s’agit du second volume du « Roman des Goscinny » par Catel (spécialiste du roman graphique biographique avec ses sensibles ouvrages sur Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges, Joséphine Baker…), qui a bénéficié une nouvelle fois, pour cet instructif et touchant portrait, de la complicité d’Anne Goscinny : la fille de cet homme guidé par le plaisir de divertir, dont l’héritage universel continue de faire vibrer toutes les générations…
Lire la suite...« Sauvage T5 : Black Calavera » : quel avenir pour Félix Sauvage ?
Ce cinquième album clôt le premier cycle de « Sauvage », série qui a commencé en 2013. La guerre civile conduite par Maximilien, qui a mis le Mexique à feu et à sang de 1862 à 1867, sert de toile de fond à cette histoire d’une incroyable richesse. Elle est conduite de main de maître par deux auteurs appréciés à juste titre des lecteurs : messieurs Yann et Meynet.
La guerre civile terminée, l’honneur de ses parents vengé et les rebelles confédérés vaincus, le capitaine Sauvage, redevenu Félix de Castelbajac, s’interroge sur son avenir au sein du corps expéditionnaire français. Il est envoyé comme espion chez les Américains à Browneville avec son compagnon Hugon, afin de découvrir quelles sont les intentions de Sherman sur le sol mexicain. Grâce au sacrifice de Hugon et aux renseignements recueillis par Sauvage, les Yankees ne franchiront pas le Rio Grande.
De son côté, l’indomptable Esméralda, qui considère Félix comme son promis, trouve refuge au sein d’une troupe minable de danseuses dirigée par l’imposante Gulfie. Déguisée en squelette, la jolie Mexicaine y ensorcelle les spectateurs, sous le nom de Black Calavera.
Se sentant trahi par les siens et considérant sa mission comme achevée, Félix décide de quitter l’armée et de ne pas revenir en France. Il sent que son avenir est sur le sol américain… Un choix surprenant qui laisse la porte grande ouverte à un nouveau cycle.
Si l’on en croit le texte d’introduction signé par Yann en début d’ouvrage remerciant ses deux éditrices de leur aide contre « les tirs en barrages et les sinistres rafales de la morosité, de la critique, des contretemps et des sarcasmes des pisse-froid de toute espèce, afin de protéger notre si tendre, poétique et vulnérable série ! », il faudrait que les nouveaux lecteurs soient nombreux pour qu’elle se poursuive.
« Sauvage » a un défaut : ce n’est pas un western comme les autres. L’humour parfois pince-sans-rire du scénariste déroute les amateurs du genre. Son aversion pour toutes les armées, le fait que ses personnages ne soient pas vraiment des héros et sa façon de détourner la grande histoire ne sont pas toujours au goût de tout le monde. Yann se rebelle une fois encore et pratique le contre-pied qui déjà dérangeait dans « Les Innommables ». Il s’en moque et il a bien raison.
De son côté, Félix Meynet propose des pages d’une incroyable richesse, des personnages aux trognes irrésistibles, ainsi que des filles girondes et craquantes. Ses scènes de batailles sont d’un réalisme à couper le souffle. Sous son crayon, on marche dans la boue, on se mouille sous la pluie, on entend siffler les balles… Meynet est un grand dessinateur et « Sauvage » est sa série la plus aboutie. Amis lecteurs, de nouveaux combats pourraient attendre Félix et Esméralda, aidez-les à les mener en achetant cet album.
« Sauvage T5 : Black Calavera » par Félix Meynet et Yann
Éditions Casterman (13,95 €) – ISBN : 978 2 203 16 645 5
















