Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...La quête folle et ardente de l’amour, sans contrefaçon, dans l’ultime scénario d’Hubert…
L’annonce de la disparition d’Hubert (1), aussi soudaine que volontaire pour ce sensible scénariste et coloriste, a remué l’ensemble du monde de la bande dessinée. Quatre mois plus tard, paraît son « Peau d’homme » dessiné par Zanzim : une fable moderne, élégante et subtile, située dans l’Italie renaissante du XVIe siècle : une époque en pleine mutation. Bianca, jolie damoiselle de bonne famille, y enfile la peau d’un garçon à la beauté stupéfiante pour visiter incognito le milieu des hommes et mieux connaître le fiancé que ses parents lui prédestinent : un jeune et plaisant marchand plutôt fortuné nommé Giovanni, qu’elle n’a, jusque-là, jamais vu de sa vie !

Avant son mariage obligé et devant sa déception de devoir épouser une personne dont elle ignore tout, la marraine de Bianca révèle à cette dernière un secret détenu et légué uniquement par les femmes de leur famille, depuis des générations : elle peut revêtir une peau d’homme comme un vêtement et bénéficier de tous les attributs des jeunes gens de sexe masculin.
Bianca devient alors Lorenzo et part à la découverte de son promis.
S’affranchissant des limites imposées aux femmes, elle se rapproche ainsi de son futur époux au point d’ouvrir son cœur et son sexe, mais sous l’identité de Lorenzo.
D’ailleurs, et c’est un véritable tour de passe-passe, le lecteur, « au bout du conte », ne sait plus qui est qui : Lorenzo ou Bianca, Bianca ou Lorenzo ?
Un peu comme dans « Certains l’aiment chaud », la célèbre comédie de Billy Wilder avec Marylin Monroe, Tony Curtis et Jack Lemmon, nous sommes confrontés au mélange des genres et des sexes, ce qui nous amène à nous questionner sur les plaisirs et libertés accordés aux uns plutôt qu’aux autres : la morale de la Renaissance agissant alors en miroir de celle de notre XXIe siècle marqué par ses manifestations anti mariage gay.
Outre l’inventivité de ce scénario théâtral qui mêle, avec humour et sensibilité, libération des mœurs et religion, apprécions comme il se doit le dessin très simple et épuré de Zanzim, ainsi que ses couleurs chatoyantes, en total accord avec la fluidité et la légèreté de la narration aérienne d’Hubert.
Ce regretté et ironique conteur, également expert en colorimétrie, avait mis énormément de lui dans « Peau d’homme » et, avec cette ultime histoire forte et originale qui fait honneur au 9e art, il ne va laisser une fois de plus, et peut-être davantage encore !, personne indifférent.
Gilles RATIER
(1) Voir Hubert : disparition d’un esthète….
« Peau d’homme » par Zanzim et Hubert
Éditions Glénat (27 €) — EAN : 978-2-344-01064-8














Le duo nous ayant offert il y a quelques années un petit bijou dans la (feu) collection Poisson Pilote intitulé « la sirène des pompiers »…