Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...Découvrir le Sénégal…
Découvrir un pays par le biais d’une collaboration humanitaire, c’est ce qui arrive à Mar, adolescente, qui part plutôt malgré elle au Sénégal. Mar est loin d’imaginer qu’elle part pour une autre culture, d’autres conditions de vie, d’autres rythmes, l’occasion de découvrir les limites de ses certitudes et la nécessité de se remettre en cause pour adapter, pour apprécier également…
D’après la carte présentée en pages de garde, c’est du côté de Saint-Louis du Sénégal qu’on se trouve, mais l’album n’en dit pas davantage laissant la part belle à des paysages plein d’atmosphère ou à des scènes de marché tout à fait remarquables et séduisantes. Les tissus des robes des femmes sont ainsi particulièrement bien représentés.
L’héroïne est très vie inquiétée par les « toubab » qui fusent à son approche mais le terme wolof désigne les Blancs et ce n’est pas péjoratif. Elle est surtout déstabilisée par tout ce qui rompt avec son confort habituel : l’accès à l’eau, à la douche, aux toilettes, l’absence d’internet… La notion d’intimité, pour une adolescente qui plus est, est au cœur de ce qui la trouble, mais également l’âge du mariage, la notion de propriété !
Le rythme d’une journée aussi la perturbe : il lui faut apprendre à prendre le temps, son temps et ce n’est pas facile. Que d’apprentissages et de remises en cause ! Pourtant, petit à petit, comme on peut s’en douter, ce qui lui déplaisait devient ce qui lui plait : la nonchalance, le goût de la fête et de la danse, la spontanéité des rapports, la beauté des paysages…
Graphiquement, l’auteure use d’un trait très stylisé pour les visages et utilise beaucoup la couleur pour donner forme et relief aux décors, composant ici et là des pleine pages qui sont autant de petits tableaux savoureux.
Nuria Tamari est une auteure espagnole qui a déjà signé « Et le village s’endort » (chez le même éditeur, en 2018) : l’histoire d’un petit village perdu en bordure de forêt où un cadavre a été découvert avec au menu sorcières, loups, corbeaux de fin du monde, cérémonies païennes et anciennes superstitions…
Plus récemment, Nuria Tamarit a réalisé « Géante », chez Delcourt : un conte féministe qui met en scène Céleste, une géante qui s’épanouit dans son cocon familial mais découvre aussi l’hostilité inconnue provoquée par sa différence ainsi que les injustices causées par la guerre et la religion.
Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/
[L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook.
« Toubab » par Nuria Tamarit
Éditions Les Aventuriers de l’étrange (20 €) – EAN : 9782490195183












