Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...Clap de fin pour l’hexalogie culte d’Alex Alice !
Sixième et dernier volume de la série : « Le Château des étoiles » où nous retrouvons une dernière fois nos héros dans un univers uchronique : un XIXe siècle qui aurait découvert le moyen de voyager jusqu’à Mars et Vénus, à partir du mystérieux éther. Heureusement, la série parallèle « Les Chimères de Vénus » d’Alain Ayrolles et Jung se poursuivra encore sur au moins deux volumes.

Cette très belle série est à la croisée de plusieurs registres ; steampunk d’aventures à la Jules Verne, aventures aériennes dignes des meilleurs dessins animés de Miyazaki, romantisme du récit d’initiation d’un jeune garçon en terre inconnue, le tout animé par un humour toujours sous-jacent.

Alex Alice a entièrement réalisé à l’aquarelle les planches, dont les tons sont atténuée par un blanc dominant, de cette bande dessinée aux décors époustouflants, des cieux proches de l’éther à la folie douce d’une exposition interplanétaire dans le Paris de 1875.
La superbe couverture qui évoque ouvertement celles des romans de Jules Verne, édités par Hetzel, est une aimable mise en bouche, tant le lecteur suit avec ravissement, toujours surpris par les rebondissements du récit, les aventures de Séraphin : jeune candide étonné par les agissements des hommes et qui ne rêve que de voyager dans les cieux de l’éther.

« Le Château des étoiles » a su retrouver le goût et la force créatrice des grands feuilletons du XIXe. Concept original, cette uchronie esthétique est devenue, au fil de ces six volumes, un incontournable de la bande dessinée jeunesse.
Comme à chaque fois, l’édition classique est accompagnée d’un tirage de luxe en grand format. Les 16 pages supplémentaires comprennent entre autres 8 pages de croquis des véhicules et les différents pavillons de mars et vénus.
Il existe donc 3 versions du même album : la première, sous forme de prépublication en feuilleton dans une version rappelant les journaux des années 1900, une seconde édition classique à la couverture rehaussée d’un vernis sélectif brillant et un troisième plus luxueux et plus grand avec des dorures en plus du cahier graphique de fin. Autant dire que le choix est large et, quel que soit le format, le plaisir reste le même.

Laurent LESSOUS (l@bd) et Gwenaël JACQUET
« Le Château des étoiles T6 : L’Exposition interplanétaire de 1875 » par Alex Alice
Éditions Rue de Sèvres (14,50 €) – EAN : 978-2-81020-475-5










