Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...« Le Lion de Judah » : le lion et l’aigle !
Cette trilogie, au suspense soigneusement entretenu par ses deux auteurs, s’achève dans les sables de l’Éthiopie… Après le contemporain « Black OP », Stephen Desberg et Hugues Labiano proposent un grand récit d’aventures au cœur de l’Afrique des années 1920 : une belle bande dessinée aux personnages fascinants, à ne pas manquer.
Au Kenya, vers 1920, le riche anglais John Wallace, propriétaire d’une plantation, est emprisonné à vie après un procès bâclé, soupçonné d’avoir tué deux hommes noirs. Fuyant l’enfer du bagne avec un compagnon, il devient un assassin au pouvoir de la belle Naïsha, dont l’esprit est dominé par un puissant sorcier qui n’a qu’un but : le tuer.
Contraint de partager son corps avec celui d’un lion blessé, impitoyablement traqué par Naïsha habitée par un aigle, il est prêt à tout pour échapper à son pouvoir et disparaître avec de nouveaux papiers. Il traverse la mer Rouge, puis arrive à Sanaa au Yémen avant de gagner la fascinante Éthiopie.
Une passion amoureuse voit le jour entre le lion et l’aigle, à leur tour poursuivis par un redoutable Irlandais dont le corps est habité par un buffle : nouvelle arme du sorcier pour les détruire. Wallace est un homme libre, sans cesse en équilibre entre le bien et le mal, attachant malgré la violence qu’il dégage. 
En toile de fond, le scénario de Stephen Desberg évoque la situation géopolitique d’une région instable où les intérêts des Européens valent plus que la vie d’un homme. Colonisation, sorcellerie, religion, chamanisme, judaïsme… enrichissent ce récit d’aventures exotiques à la frontière du fantastique. Les dessins aux décors soignés d’Hugues Labiano, et aux couleurs chaudes signées Jérôme Maffre, sont peuplés de personnages aux trognes savoureuses. Et que Naïsha est belle !
Stephen Desberg, né en 1954, entretient avec habileté le suspense de cette épopée, hymne à la liberté. Scénariste multigenre, il surprend une fois encore ses lecteurs, empruntant avec gourmandise des territoires pour sa plume encore vierges. 
Que de chemin parcouru par Hugues Labiano (né en 1963), depuis la publication de « Matador » ! Alternant séries contemporaines avec « Black OP » et « Mister George » ou situées dans les années 12920 avec « Dixie Road » et « Le Lion de Judha », il est aujourd’hui au top de son art.
Il serait dommage que ce travail d’artisans méticuleux se perde, une fois de plus, dans la masse des albums publiés en ce riche début d’année.
Henri FILIPPINI
« Le Lion de Judah T3 : Livre 3 » par Hugues Labiano et Stephen Desberg
Éditions Dargaud (15 €) — EAN : 978 2 2050 8619 5
















