Ce huis clos médical et fantastique, aux dessins et scénario ciselés au scalpel par Mikaël Bourgoin et Mathieu Gabella, dépote vraiment… et devrait combler les amateurs d’émotions fortes, d’horreur, de séries TV américaines ou de comics… Bien qu’il soit radié de l’ordre des médecins et qu’il ne travaille désormais que pour la pègre, Alexandre reste un praticien consciencieux et minutieux, respectueux du serment d’Hippocrate… Or, tandis qu’il soigne un braqueur blessé, surveillé de près par l’inquiétant grand frère du malfrat, voilà que débarque un soi-disant chasseur de vampires qui exhibe une marque de morsure au cou et exige des soins urgents : car, dès qu’il fera nuit, il se transformera et tuera tout ce qui bouge…
Lire la suite...Exils intérieurs/extérieurs…
À l’heure où l’on parle beaucoup de l’émigration des Ukrainiens fuyant la folie de Poutine, l’histoire de Roméo quittant volontairement l’Italie (et, plus exactement, la Sardaigne) avec sa femme enceinte pour s’installer près de New York est certes plus douce, mais n’en est pas moins révélatrice de tout ce que l’éloignement de ses racines a de douloureux.
En fait, Diane est née là-bas et vient s’installer à l’étage d’une maison familiale qu’il faut retaper et où, au rez-de-chaussée, vit la grand-mère. Si l’un perd ses racines, l’autre les retrouve, mais la communauté italo-américaine réserve des surprises, surtout pour Roméo qui a rêvé l’Amérique. On entre peu à peu dans ses pensées, ses inquiétudes, ses effrois qui le poussent quelquefois à se remettre en cause et à douter de son couple, voire de sa capacité à devenir père.
Romeo a un projet en arrivant aux États-Unis : écrire… Écrire, oui, mais quoi ? Là aussi, le doute est permanent et l’impuissance s’installe. Reste à explorer le quartier à rencontrer les gens, à observer sans cesse pour qu’émerge une bonne idée, celle d’un récit autour de l’exil intérieur (« Inner Exile »), un exil et une terrible nostalgie : « la mer, les mandarines, la pitta aux sardines, le charme du village de San Morello, les tomates du potager de Z’Antoni. »
Il y a un côté carnet de voyage mêlé à journal intime dans cet album, un cheminement entre découvertes et souvenirs, sans oublier les nombreux cauchemars qui peuplent les nuits de Roméo, ce que l’auteur restitue en variant son graphisme, délaissant la bichromie au profit de séquences plus noires ou d’autres crayonnées pour des flash-backs.
Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/
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« Le Voyageur lointain » par Otto Gabos
Éditions Ici même (24 €) – EAN : 9782369121046
Parution 25 février 2022










