Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...« Les Pionniers » d’un art nouveau : le 7e !
Juste après l’Exposition universelle de Paris (1890) et son symbole (la tour Eiffel), les inventions techniques continuent, avec Paris encore au centre, pour le siècle nouveau qui arrive. Les pionniers se nomment Pathé, Gaumont, Alice Guy, Méliès et d’autres. Ils ne sont pas tous ingénieurs ou industriels, mais vont révolutionner le spectacle et la vie du public.
On va suivre leurs débuts compliqués et leurs tribulations qui vont finalement expérimenter, promouvoir, puis imposer un nouvel art, le 7e : invention effrayante pour certains, moyen de création et de progrès pour d’autres. L’Histoire a tranché, mais l’album détaille le parcours mouvementé de ces formidables pionniers. Voici un premier tome passionnant sur l’invention du cinéma en France, qui sera suivi par un second sur ses débuts aux États-Unis.
Le livre s’ouvre sur l’incendie, devenu célèbre, du Bazar de la Charité, tragédie qui a failli compromettre l’avenir du cinématographe… Tous attirés par la technique, plus que par un nouvel art, Pathé, Lumière, Méliès et les autres sont pleins d’espoir, mais ne savent pas réellement comment vont évoluer leurs inventions. Au fil de l’album, on va faire leur connaissance, les uns après les autres, avec comme guide Alice Guy : seule femme du lot, au départ secrétaire-sténographe, mais au rôle important. Elle va notamment demander à un technicien de mettre au point la machine permettant de capturer les images. 
On suivra leurs aventures, où tout est à faire pour la première fois : et c’est surtout une aventure humaine, avec obstacles, doutes, rivalités, et succès récompensés par l’effort. Gaumont, Pathé et les Lumière, à la fois rivaux personnellement et alliés de fait pour cette cause qui les dépassent, redoublent d’effort pour achever l’invention du siècle qui vient. Méliès le magicien, quant à lui, fera faire des progrès immenses à cette technique, par ses images insensées pour l’époque.
Cette histoire vraie, très française (n’oublions pas que notre pays a inventé le cinéma) est passionnante à suivre et au long cours (135 pages environ). C’est aussi un livre soigné, au dessin vivant et actuel, mais intemporel : réaliste, clair, au raffinement évident et pourtant très accessible. Le style graphique est très agréable, s’approchant de celui de Mathieu Bonhomme, par exemple.
La mise scène des protagonistes plus ou moins célèbres, leur rend justice, sans fanfaronnade, avec justesse, dans des décors très dépaysants, de plus d’un siècle de recul. C’est même par le papier (à sentir, à toucher) : mat, un peu gaufré, crème, que le plaisir de lecture s’invite. Un bel écrin pour cet hommage aux pionniers du cinéma.
Patrick BOUSTER
« Les Pionniers T1 : La Machine du diable » par Jean-Baptiste Hostache, Guillaume Dorison et Damien MaricÂ
Éditions Rue de Sèvres (25 €) — EAN : 9 782 810 212 705.
Parution 20 avril 2022














