Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...« Le Crime parfait » : 11 récits glaçants…
Les 11 nouvelles proposées dans cet ouvrage invitent le lecteur à suivre le quotidien d’une belle brochette de criminels,dont le génie malfaisant mérite l’admiration. 15 auteurs, parmi les meilleurs du moment, évoquent avec gourmandise ce grand invité des fictions policières : le crime parfait. Cette nouvelle création des éditions Philéas renoue avec le principe des ouvrages collectifs à thèmes, jadis récurrents dans les numéros hors-séries des mensuels BD aujourd’hui disparus.
Sous une couverture signée Nicolas Barral, 11 histoires courtes de six à dix pages en couleurs ou en noir et blanc plongent leurs lecteurs dans l’univers glauque de criminels pas vraiment comme les autres : pas de vulgaires assassins ou de faits divers sanglants aussitôt découverts, mais ceux, plus discrets, dont les délits demeurent souvent impunis. Ces tueurs anonymes qui, dans l’ombre, réalisent le crime parfait. D’hier ou d’aujourd’hui, hommes ou femmes, ils ne laissent aucune trace de leurs forfaits, sans faute et sans coupable. « Une danse ? » de Gess, « 12 h 30 » de Christophe Chabouté, « Le Crime parfait » de Christian de Metter, « Le Crime de Séraphin Bouchet » de Richard Guérineau,
« Le Pépère » d’Emmanuel Moynot, « L’Aveu » de Jean-Philippe Peyraud (avec Cyril Liéron), « Le Train pour Paris » de Pascal Rabaté, « Meurtres en abyme » de Tony Sandoval (avec Miceal Beausang O’Griafa), « Le Perfectionniste » de Jean-Paul Krassinsky, « Cry me a River » d’Inaki Holgado (avec A. K. Selzer) et « Danse macabre » de Cyril Pomès illustrent cette étonnante galerie de délinquants, dont les méthodes de « travail » sont toutes plus insolites les unes que les autres.
Vengeance froide, crime politique, vol banal, drame de l’adultère, préméditation… nourrissent l’intelligence du criminel. Ce premier volet prometteur (en 112 pages) d’une anthologie du polar en bandes dessinées devrait combler les amateurs du genre. L’affiche est belle, d’autant plus que les auteurs invités offrent le meilleur d’eux même, ne se contentant pas d’assurer une brève commande alimentaire, comme c’est parfois le cas pour ce type d’ouvrage. Bien que les styles soient variés, au fil des récits, l’ensemble demeure cohérent.
Chaque histoire est accompagnée d’un texte en forme de nécrologie, signé Anaïs Bon : laquelle commente, avec humour (noir), la méthode de travail du criminel.
Une édition collector, dont le tirage est limité à 1 122 exemplaires, est réservée aux libraires du circuit Canal BD. Elle propose, en complément, un cahier de croquis de huit pages et une couverture inédite au dos toilé, signée par Richard Guérineau.
Henri FILIPPINI
« Le Crime parfait » ouvrage collectif
Éditions Philéas (19,90 €) — EAN : 978-2-4914-6788-3
« Le Crime parfait » ouvrage collectif
Éditions Canal BD/Philéas (23 €) — 978-2-4914-6774-6
Parution 10 novembre 2022




















