Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...Le combat ordinaire 2 : Les quantités négligeables
Marco, installé à la campagne avec Emilie, revient à Paris le temps d’exposer dans une galerie chic. Ses photos ne sont pas vendeuses. Rien de spectaculaire, pas de cadavres exotiques, juste des portraits de vivants en péril – ceux de …
Marco, installé à la campagne avec Emilie, revient à Paris le temps d’exposer dans une galerie chic. Ses photos ne sont pas vendeuses. Rien de spectaculaire, pas de cadavres exotiques, juste des portraits de vivants en péril – ceux de l’atelier 22 du chantier naval, où il retrouve ses copains d’enfance, dont Bastounet qui a voté FN parce qu’il n’émerge plus de la mouise où on l’abandonne. Des beaux portraits d’hommes ordinaires, de « quantités négligeables ». Pendant que le snobisme bat son plein dans la sphère artistique – entre arrogance et auto-satisfaction -, Marco vit sa vie, avec le frangin complice en rigolades, les pilules anti-angoisse avalées par douze, le papa qui s’en va sans rien dire, avant de se faire engloutir par Alzheimer. Et son Emilie qui veut une nouvelle maison pour y loger un bébé.. Tout en ménageant un équilibre vital entre rire et émotion, ce tome 2 du Combat ordinaire va plus loin « où ça fait mal » – entre autres quand Larcenet aborde, avec une infinie pudeur, en images belles à chialer, ce vertige qu’est la mort inéluctable des parents. Par ailleurs, il pose quelques questions cruciales. Comment peut-on être un grand artiste et un sale con ? (Sans réponse.) Comment aimer « l’autre » ? (Les femmes répondent – Emilie, Naïma et la petite factrice.) Comment rigoler avec tout ce qu’on prend sur la poire, comment vaincre la trouille de devenir père à son tour ? Son père lui disait : « Il faut faire des enfants, Marco, ça fait de nous des hommes meilleurs. » Et ce livre aussi – bouleversant, bourré de vie, d’intelligence et de beautés graphiques, formidablement drôle entre deux détresses – fait de nous des hommes meilleurs. C’est rare, en bande dessinée comme ailleurs.






