Dans son nouveau roman graphique, Pascal Rabaté nous transporte dans le Berlin de 1931, à quelques années du désastre, mettant en scène des artistes, des danseuses, des histoires d’amour, des soirées alcoolisées, des copains qui profitent de la vie… Bref : la grande fête. Hélas, cela ne va pas durer : nous, lecteurs, nous savons comment cela va se terminer… En narrateur accompli — tant en bandes dessinées qu’au cinéma —, l’adaptateur d’« Ibicus » et auteur des « Petits Ruisseaux » ou de « La Déconfiture » (1) va justement jouer avec cette longueur d’avance, tout en utilisant un graphisme coloré où il change légèrement son trait habituel, pour installer un malaise qui ne cesse de monter à la lecture de cette « Enfance des ruines » qui n’a pas fini de vous hanter…
Lire la suite...Le combat ordinaire 2 : Les quantités négligeables
Marco, installé à la campagne avec Emilie, revient à Paris le temps d’exposer dans une galerie chic. Ses photos ne sont pas vendeuses. Rien de spectaculaire, pas de cadavres exotiques, juste des portraits de vivants en péril – ceux de …
Marco, installé à la campagne avec Emilie, revient à Paris le temps d’exposer dans une galerie chic. Ses photos ne sont pas vendeuses. Rien de spectaculaire, pas de cadavres exotiques, juste des portraits de vivants en péril – ceux de l’atelier 22 du chantier naval, où il retrouve ses copains d’enfance, dont Bastounet qui a voté FN parce qu’il n’émerge plus de la mouise où on l’abandonne. Des beaux portraits d’hommes ordinaires, de « quantités négligeables ». Pendant que le snobisme bat son plein dans la sphère artistique – entre arrogance et auto-satisfaction -, Marco vit sa vie, avec le frangin complice en rigolades, les pilules anti-angoisse avalées par douze, le papa qui s’en va sans rien dire, avant de se faire engloutir par Alzheimer. Et son Emilie qui veut une nouvelle maison pour y loger un bébé.. Tout en ménageant un équilibre vital entre rire et émotion, ce tome 2 du Combat ordinaire va plus loin « où ça fait mal » – entre autres quand Larcenet aborde, avec une infinie pudeur, en images belles à chialer, ce vertige qu’est la mort inéluctable des parents. Par ailleurs, il pose quelques questions cruciales. Comment peut-on être un grand artiste et un sale con ? (Sans réponse.) Comment aimer « l’autre » ? (Les femmes répondent – Emilie, Naïma et la petite factrice.) Comment rigoler avec tout ce qu’on prend sur la poire, comment vaincre la trouille de devenir père à son tour ? Son père lui disait : « Il faut faire des enfants, Marco, ça fait de nous des hommes meilleurs. » Et ce livre aussi – bouleversant, bourré de vie, d’intelligence et de beautés graphiques, formidablement drôle entre deux détresses – fait de nous des hommes meilleurs. C’est rare, en bande dessinée comme ailleurs.







