Un ouvrage très complet sur l’un des doyens des dessinateurs belges de BD : Dino Attanasio !

À l’occasion de ses 99 ans, les éditions Hibou publient la biographie illustrée de 240 pages que Wilfried Salomé vient de consacrer à Dino Attanasio : le premier dessinateur de la version BD de « Bob Morane », le cocréateur de « Spaghetti » ou de « Johnny Goodbye », le repreneur graphique de la série « Modeste et Pompon » et, aujourd’hui, l’un des plus vieux auteurs vivants de la bande dessinée franco-belge ! (1)

D’origine italienne, puisque né Edoardo Attanasio le 8 mai 1925 à Milan, celui qui se fera connaître sous son diminutif de Dino est désormais naturalisé belge, car il vit dans le « plat pays » depuis 1948. Le label Hibou de Marc Impatient, qui a déjà édité pas moins de 150 recueils de ces bandes dessinées qui n’avaient pas été auparavant publiées sous forme d’album (voir https://www.editionshibou.com/13-dino-attanasio), a souhaité rendre hommage à leur auteur phare avec cette biographie brochée — au format standard de 21 x 30 cm, laquelle est remplie de documents dessinés peu connus ou de photos évocatrices — intitulée « Le Phileas Fogg des comics ». (2)

Wilfried Salomé est un écrivain — ayant plusieurs romans, poésies et essais à son actif depuis les années 2000 — qui est passionné de longue date par le travail de ce deuxième enfant du musicien italien Savino Attanasio spécialisé dans les instruments à cordes (violon, mandoline…). Dès l’âge de 13 ans, Edoardo monte sur scène aux côtés de son père, en compagnie de son frère aîné Gianni. Sous le nom des Attanasio Brothers, les deux garçons formeront rapidement un duo de guitaristes qui se produira, entre autres, dans divers restaurants et théâtres de Milan, ainsi que pour un intermède dans le film « Ruy Blas » de Jean Cocteau, avec Jean Marais, en 1947.

Bien qu’également passionné par la gymnastique (il obtiendra en Italie le diplôme de moniteur et sera même qualifié pour les Jeux olympiques de 1948 dans cette discipline), c’est pourtant le dessin qui attire principalement celui que l’on connaît maintenant sous le prénom de Dino : notamment les fumetti que lui achète régulièrement sa grand-mère maternelle. Plus tard, il s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts de Milan et démarre une carrière dans le secteur du dessin animé, non sans avoir l’occasion de réaliser quelques-unes de ces bandes dessinées populaires qu’il adore pour des magazines comme L’EroicoAudaceAlbi Salgari

Émigré en Belgique en 1948, il travaille pour l’agence de Georges Troisfontaines (dont l’appellation la plus connue est la Word Press) — entre autres sur « Les Belles Histoires de l’Oncle Paul » dans le journal Spirou — et pour celle de son beau-frère Yvan Chéron (International Press) : notamment dans le quotidien La Libre Belgique, avec la série « Fanfan et Polo » scénarisée par Jean-Michel Charlier, puis par son frère Gianni et René Goscinny.

Le 2 février 1952, il épouse celle qui sera la femme de sa vie : la charismatique Joanna Walckiers qui lui donnera une fille et un garçon. Participant parallèlement à Petits Belges et aux éditions Marabout (où il se fera remarquer avec son style réaliste en illustrant la série de romans « Bob Morane » d’Henri Vernes, qu’il sera le premier à adapter en BD pour l’hebdomadaire féminin Femmes d’aujourd’hui, en 1959), il poursuit une longue carrière dans Tintin, alternant comique et réalisme, sur diverses séries : « Spaghetti » avec René Goscinny en 1957, la reprise de « Modeste et Pompon » à la suite d’André Franquin en 1961, « Jimmy Stone » d’après André Fernez en 1964…

Ce qui ne l’empêche pas non plus d’œuvrer également pour les marchés italiens (« Ambrogio e Gino » ou « Gianni Flash » dans le Corriere dei Piccoli, à partir de 1965) ou néerlandais (« Johnny Goodbye », « Bandonéon » et « De Macaroni’s » dans Pep, puis Eppo, à partir de 1969), sans oublier l’amusante et délurée « Candida » scénarisée par Yves Duval dans Ciné-Revue en 1968 et quelques one-shots chez Deligne ou Lefrancq : dont l’adaptation, avec son fils Dino Alexandre, du « Décaméron » de Boccace en 1991. Pour alimenter ces nombreux travaux, il fera appel à des assistants qui deviendront eux-mêmes des dessinateurs de renom : William Vance, Pierre Seron, Lucien Meys, Daniel Hulet, Daniel Kox, Marc Wasterlain… Bref, à travers le parcours de Dino Attanasio, c’est toute l’histoire de la bande dessinée belge qui nous est contée !

Notons qu’à l’occasion de la sortie de ce très intéressant ouvrage — lancé au mois de mai à Jette, dans la banlieue bruxelloise (où réside désormais notre vétéran), en présence de l’auteur, de son biographe, et d’autres artistes — est également paru « Hommages à Dino Attanasio » : un recueil avec des dessins inédits dus à François Walthéry, Daniel Kox, Marc Wasterlain, Stibane, Didgé, Georges Van Linthout, Dragan De Lazare, Curd Ridel, Bruno Gilson, Jaap De Boer, Thierry Cayman, Antonio Cossu, Eho, Bruno Di Sano, Marc Hardy, Louis-Michel Carpentier, Didier Casten…, sous couverture de Francis Carin et accompagné d’un ex-libris par Philippe Cottarel.

Gilles RATIER

Une page originale de « Bob Morane » par Dino Attanasio.

Dino Attanasio fêtant ses 99 ans.

(1)  En fait, il semblerait que la véritable doyenne de la BD franco-belge soit la française Marie-Madeleine Bourdin, principalement connue pour la série « Titounet et Titounette », qui devance Dino Attanasio, puisqu’elle aura 102 ans en novembre ! 

(2)  À noter que l’un des premiers « Coins du patrimoine » de notre site BDzoom.com était consacré à Dino Attanasio ; si ce dernier était beaucoup moins illustré et performant que ceux que nous vous proposons depuis quelques années, il mérite quand même le détour ; voir : « Spaghetti ». Reportez-vous aussi à notre article sur les premiers « Bob Morane » en BD : Le retour de Bob Morane… en intégrale !.

« Le Phileas Fogg des comics : la bibliographie de Dino Attanasio » par Wilfried Salomé 

Éditions Hibou (45 €) — EAN : 9782874531798

Parution 27 mai 2024

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3 réponses à Un ouvrage très complet sur l’un des doyens des dessinateurs belges de BD : Dino Attanasio !

  1. Henri Khanan dit :

    Longue vie à lui!
    Hélas, c’est Luc Mazel qui vient de nous quitter!

  2. francois d dit :

    Salut Gilles,
    Merci pour cet article consacré à Attanasio.
    J’étais un peu intrigué par la note de bas de page mentionnant que Charlie Delhauteur pourrait être le « doyen » de la BD belge. Encore en vie à 105 ans ?
    J’ai donc fait quelques recherches qui n’ont pas été faciles, mais je viens d’avoir confirmation ce jour par la ville de Chinon où il est décédé en 1994 à l’âge de 75 ans. Il y a donc trente ans déjà.
    Le doyen est donc une doyenne, Marie-Madeleine Bourdin que tu mentionnes dans ta note de bas de page également.
    Bien le bonjour d’Hispanie.

    fd

    • Gilles Ratier dit :

      Merci François pour tes recherches !
      J’ai mis à jour l’article de base. Ma source n’était donc pas fiable : pourtant, l’auteur de ce passionnant livre sur Attanasio reprend lui aussi cette information sur Delhauteur dans son ouvrage. Comme quoi, même les meilleurs ont droit à l’erreur (rires) !
      La bise et l’amitié
      Gilles

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