Manu Larcenet nous livre peut-être ici son album le plus personnel, après « Le Combat ordinaire » et « Blast » ! Il nous parle de la mort et de la vieillesse, cherchant à regarder en face ce qui nous échappe : la maladie, la solitude, l’angoisse, les liens que l’on a brisés, le temps qui passe, l’inadaptation à la société… Plus radicalement encore, en se dessinant au bord du vide et en retirant presque tout ce qui pourrait faire écran entre son personnage et le lecteur, il laisse planer cette question qui revient lorsque tout le reste s’effondre : à quoi bon ? « L’Insensé » est un album poétique que certains jugeront parfois inconfortable, mais qui est d’une puissance rare : une œuvre qui refuse les facilités de l’émotion, pour mieux atteindre quelque chose de beaucoup plus profond…
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Le début : “7 et 8 février 2007. Je redeviens dessinateur de Charlie pour suivre le procès des caricatures de Mahomet. Je ne suis ni journaliste ni dessinateur de presse. Je voudrais prendre des notes d’auteur de bandes dessinées : rendre compte …
Le début : “7 et 8 février 2007. Je redeviens dessinateur de Charlie pour suivre le procès des caricatures de Mahomet. Je ne suis ni journaliste ni dessinateur de presse. Je voudrais prendre des notes d’auteur de bandes dessinées : rendre compte de l’intégralité des débats (…) Je suis fils d’avocat et ai eu la chance de fréquenter très tôt les prétoires. Je crois que c’est instructif, de raconter un procès du début à la fin.”
Joann Sfar
Notre avis : Le 22 février, Charlie Hebdo a gagné le procès qui lui était fait pour avoir publié les caricatures danoises (et d’autres) du prophète Mahomet. Aucune injure à caractère raciste, donc (c’est sous cet intitulé qu’avaient été déposées les plaintes), a ainsi estimé le tribunal. Il n’en subsiste pas moins un débat exemplaire sur la liberté d’expression retranscrit avec talent et vivacité par Joann Sfar, dont tous ceux qui trouvent qu’il dessine trop vite ou trop approximativement ne pourront que constater à quel point sa subtilité cérébrale s’accomplit parfaitement dans l’urgence. En prime, quelques réflexions personnelles et tendres sur l’enfance d’un auteur fils de magistrat et qui redécouvre, après 15 ans, les salles d’audience.
Laurent Turpin







