Les mois qui ont précédé les grands bouleversements de 1936 servent de cadre à ce récit aux personnages soigneusement étudiés. Au milieu des années 1930, François, le fils de grands bourgeois vivant dans leur bulle, est confronté à une bande de jeunes adolescents : enfants d’ouvriers, dont il découvre le quotidien précaire. À partir de cette trame conventionnelle, Éric Stalner construit une histoire émouvante, flirtant avec la grande histoire. Un choc violent entre deux mondes qui s’opposent : prémices des soubresauts annonçant les années sombres de la Seconde Guerre mondiale.
Lire la suite...Un western vraiment fantastique !
« Aucune tombe assez profonde » n’est sûrement pas le premier western fantastique, mais celui-là est doublement fantastique : au sens de surnaturel, d’abord (le genre où les vivants affrontent les morts) ; et, surtout, au sens d’éblouissant, de phénoménal. Graphiquement, voilà un album étourdissant !
Western ? Oui, dès la couverture – épatante ! – qui fleure bon les paysages de Monument Valley ; dès les premières pages, aussi, où l’action se situe dans les pas d’une cow-girl souffrante, très souffrante, « à l’article de la mort » pourrait-on dire pour rester dans l’esprit de cette histoire.
Dès le chapitre 2, on quitte le désert pour approcher la mort et, si possible, « tuer la mort ». C’est en tout cas, ce que cherche Ryder : une outlaw toujours habile au révolver et excellente cavalière, mais assagie, reconvertie. Elle vit en couple et a une petite fille à laquelle elle voue sa vie, désormais.
L’ex-légende de l’Ouest n’a pas son pareil pour lutter, affronter, désarmer ou tuer. Rien ne peut l’arrêter, sûrement pas les obstacles a priori infranchissables pour s’introduire dans Cypress : la cité de la mort et « ville du bout du monde » (et le nom d’un vrai cimetière à New York). Sa détermination nous vaut des pages haletantes, jusqu’à ces rencontres improbables dans l’enfer des enfers, après une drôle de soirée dans un casino flottant : sorte de saloon improbable.
Qu’on aime ou non le fantastique, qu’on apprécie ou pas ou les morts-vivants, on est accroché par le dessin, les personnages, les couleurs, le découpage, le montage, le sens du mouvement… Du grand art ! La performance graphique est de tous les instants ! Et pas une case sans décors, pas un décor sans détails qui n’attirent le regard, qui poussent le lecteur à circuler au-delà des personnages, d’autant que les dessins de Jorge Corona sont sublimés par les couleurs signées Jean-François Beaulieu.
Ce récit publié en cinq fascicules aux États-Unis, regroupés ici, se voit complété en fin d’album de recherches et de croquis et d’une galerie de couvertures. Au total, 152 pages de pur plaisir des yeux qui donne envie de relire leur précédent titre « Celui que tu aimes dans les ténèbres » (même éditeur en 2022) : un récit déjà hanté et somptueux.
Didier QUELLA-GUYOT
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« Aucune tombe assez profonde » par Jorge Corona et Skottie Young
Éditions Urban Comics (21 €) – EAN : 9791026815501
Parution 7 février 2025















