Dans un monde médiéval fantastique ravagé par la guerre, où le bien et le mal se confondent en absurdités sanglantes, Alastor de Sombregarde est un chevalier maudit, revenu d’entre les morts, grâce à l’intervention d’un maître-gobelin plutôt roublard du nom de Guulghar. Cette anthropomorphe créature, aussi cynique que philosophe, tient en sa main un bâton orné du crâne de son frère Huulghar, lequel continue, malgré tout, de parler et d’exercer la sorcellerie. L’improbable trio traverse champs de bataille et forêts damnées, afin de retrouver la dulcinée du seigneur désabusé… Aurélien Morinière illustre de façon magistrale cette grinçante épopée d’heroic fantasy —tendance Tim Burton —, dont son complice (Olivier Dobremel, alias Dobbs) nous livre de prometteuses prémices tragi-comiques…
Lire la suite...« Rébétissa » : au son des bouzoukis…
En 2009, déjà chez Futuropolis, David Prudhomme s’intéressait aux musiciens grecs avec « Rébétiko : la mauvaise herbe » : un album où l’on suivait une journée de la vie d’un artiste des années 1930. Des cafés enfumés de haschich aux terrasses où l’on se laisse assommer par l’alcool, les musiciens, les « rébètes », attendent la nuit où ils jouent le rébétiko, cette musique populaire contestataire évoquant la déchirure de l’exil, la dureté sociale et les amours amères…
Dans ce précédent album (primé à Angoulême), on respirait ainsi les odeurs des bas-fonds de la capitale hellène, on ressentait la douleur envoutante de la musique et l’atmosphère oppressante d’une dictature qui se met en place. Avec « Rébétissa », le contexte historique est le même : on est toujours à Athènes – octobre 1936 -, et la dictature de Metaxás s’est installée avec son contingent d’atteintes aux libertés qui touche aussi l’expression musicale.
Metaxas, on l’a oublié, est un dictateur qui, comme tous les dictateurs, cherche une certaine grandeur de son pays : fantasme idéologique, comme on en connait encore un peu partout sur la planète au grand dam des populations. Pour mesurer l’évolution des idées, il faut savoir que le rébétiko est entré en 2017 au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.
Par rapport à « Rébétiko », l’ambiance de « Rébétissa » est différente ! Prudhomme a décidé de prendre son temps pour mettre ce petit monde en images : il suit pas à pas ses personnages, les portraiture à l’envi, multiplie les regards, égraine les réparties, multiplie les silences. C’est la vie quotidienne avec une évidente nonchalance, entre farniente et musiques, entre drague de coucheries… avec cependant l’inquiétude ici et là des jours à venir. Et la question fondamentale : comment rester artiste et libre ? Le grand sujet, c’est bien de pouvoir continuer à jouer le rébétiko.
On retrouve ici les héros du premier livre : Stavros, Markos, Batis et Artémis (comme des mousquetaires !), tentant à leur façon de lutter contre la censure fasciste. Pas facile quand les policiers guettent les récalcitrants ! Et pas facile non plus de se priver de bouzouki, de baglama (petit instrument à cordes) ou de tambourin, sans oublier les voix de Béba et Marika : deux femmes de caractère au cœur des enjeux, deux femmes qui font de ce second titre un versant féminin du premier titre.

Didier QUELLA-GUYOT
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« Rébétissa » par David Prudhomme
Éditions Futuropolis (22 €) – EAN : 9782754835282
Parution 2 avril 2025
« Rébétissa » par David Prudhomme
Éditions Futuropolis (45 €) – EAN : 9782754845892
version noir et blanc : tirage: 2 500 ex.
Parution 20 novembre 2024














