Manu Larcenet nous livre peut-être ici son album le plus personnel, après « Le Combat ordinaire » et « Blast » ! Il nous parle de la mort et de la vieillesse, cherchant à regarder en face ce qui nous échappe : la maladie, la solitude, l’angoisse, les liens que l’on a brisés, le temps qui passe, l’inadaptation à la société… Plus radicalement encore, en se dessinant au bord du vide et en retirant presque tout ce qui pourrait faire écran entre son personnage et le lecteur, il laisse planer cette question qui revient lorsque tout le reste s’effondre : à quoi bon ? « L’Insensé » est un album poétique que certains jugeront parfois inconfortable, mais qui est d’une puissance rare : une œuvre qui refuse les facilités de l’émotion, pour mieux atteindre quelque chose de beaucoup plus profond…
Lire la suite...Une dystopie écologique et poétique portée par un beau dessin à quatre mains…
Dans un futur indéterminé, les projections du GIEC sont devenues réalité. Le monde n’est plus qu’un gigantesque désert. Pour survivre les hommes se déplacent dans d’immenses villes roulantes à la recherche des dernières ressources de la planète. Leur prochaine victime devrait être une oasis de verdure, mais celle-ci est défendue par une jeune femme surprenante, courageuse et curieuse : Automne. Elle donne son nom à un album éponyme au graphisme délicat.
Tout commence dans une forêt primaire, havre de verdure et de paix autour d’un arbre matriciel. Cet arbre a une voix propre : il est à la fois la mémoire des Anciennes et leur oracle. C’est pour cela qu’il avertit la Gardienne (la rousse Automne) de l’imminence de périls mortels. Le temps était venu de l’ultime combat entre cette oasis naturelle et le dévoreur de toute vie : une forteresse gigantesque, une ville mécanique qui se déplace sur des roues géantes. Elle est sans cesse en mouvement, car elle a besoin d’exploiter pour sa survie de nouvelles ressources ; or, celles-ci, ne sont pas renouvelables et s’épuisent graduellement. La cité de fer s’approche dangereusement de la forêt gardée par Automne.

Un ordre dictatorial règne dans ce vaisseau de fer destructeur. Son dirigeant n’admet pas la contestation. Les réserves s’épuisant, il envoie des éclaireurs à la recherche de vivres et de combustibles que recèlent les forêts. Equipé d’ailes mécaniques, Cynan s’élance dans le ciel pour guider sa communauté vers sa survie. Mais le jeune homme possède son libre arbitre.
Il critique le mode de vie de sa communauté qu’il juge suicidaire et irresponsable. Aussi, ment-il à son retour, en cachant la présence d’une source et d’une véritable mer d’arbres verts. Lors de son second envol, il s’écrase dans une clairière. Curieuse, Automne l’a vu et le protège. Commence alors un dialogue fructueux pour sauver une nature encore sauvage et in-fine la société du peuple de fer.


Si le scénario d’« Automne » peut sembler convenu à certains, il est pourtant plus subtil que ce que le résumé peut en laisser supposer. Cette fable écologiste ne sombre jamais dans le manichéisme ; par exemple, le début de romance entre les deux principaux personnages ne verse jamais dans un romantisme niaiseux : il tient plutôt de la curiosité des deux protagonistes pour découvrir le monde de l’autre.
Cette fable écologique joue au contraire habilement sur plusieurs registres. Elle mêle à la dystopie décrivant un monde apocalyptique des éléments de fantasy antiquisante avec une gardienne mystérieuse – seule survivante des Dryades, protégeant un arbre matriciel -, mais aussi une intrigue amoureuse et des rebondissements dignes d’un récit d’aventures classique.
Le graphisme de ce one-shot est remarquable, notamment dans les séquences arborées avec une gamme chromatique intéressante : du vert lumineux du paysage émerge le personnage d’Automne à la chevelure rousse éclatante. Scénario comme dessin, c’est un travail à quatre mains qui a donné naissance à ce joli conte d’anticipation. Autrice remarquée dernièrement pour « Coboye » ou « Mauve Bergamote », Cécile s’est associé au dessinateur de « Inca » et du « Rêve de Jérusalem » (Lionel Marty) pour une bande dessinée efficace qui offre une critique constructive de notre société productiviste et prédatrice. Constructive, car la conclusion offre une perspective d’espoir pour sortir d’une impasse aussi bien sociale qu’écologique. Les résonnances contemporaines de la bande dessinée peuvent être ressenties par de jeunes lecteurs dès 12/13 ans.
Laurent LESSOUS (l@bd)
« Automne » par Cécile et Lionel Marty
Éditions Delcourt (16,50 €) — EAN : 9782413036678
Parution 10 septembre 2025


















