« Ernest et Célestine » ont perdu leur créatrice voici 25 ans. Disparue en l’an 2000, l’autrice Gabrielle Vincent nous revient aujourd’hui avec deux rééditions de livres illustrés : l’occasion de renouer avec son âme d’enfant.
Lire la suite...« Soli Deo Gloria » : un formidable hymne à la musique !
Prix du meilleur album au festival Quai des bulles de Saint-Malo, cette monumentale fresque d’apprentissage en 280 pages en noir et blanc, où seules les mélodies apportent de la couleur, mérite vraiment votre attention ! C’est une quête initiatique, mise en scène par Édouard Cour (aux dessins) et Jean-Christophe Deveney (au scénario), qui nous plonge dans le Saint-Empire romain germanique du début du XVIIIe siècle. En suivant l’ascension, à la fois magnifique et tragique, de deux talentueux jumeaux orphelins — sur qui plane l’ombre d’un mystérieux compositeur allemand qui signe ses partitions des trois mots « Soli Deo Gloria » —, elle nous entraîne vers une méditation métaphysique sur le sens de la création, nous rappelant le pouvoir qu’a la musique sur les humains !
Hans et Helma — certainement des cousins d’Hansel et Gretel — sont donc deux jumeaux nés dans la plus grande pauvreté, mais leur don pour le 4e art va leur permettre de s’élever socialement : le premier au clavecin et l’autre au chant. De l’Allemagne rurale aux somptueux palais italiens, la vie de ces deux enfants sera marquée par les difficultés et les épreuves : guerres, pillages, famine, épidémie, violence… Rien ne leur sera épargné ! 
Ils vont toutefois réussir à s’émanciper de leur condition, grâce à un travail acharné, réalisé parfois sous la contrainte d’une discipline à laquelle ils vont tout donner. Et même si leur lien semble inébranlable, leurs pratiques musicales vont finir par entraîner des dissensions en eux : alors qu’Helma ne chante que pour la gloire de Dieu, Hans va se laisser emporter par la soif du pouvoir et de la reconnaissance…
Si les noms des lieux et des personnages historiques ont été changés, c’est certainement pour mieux participer à l’ambiance un peu irréelle — tantôt romantique, tantôt anxiogène — de ce conte quelque peu décalé, qui est donc très inspiré par les faits de la grande Histoire.
C’est aussi une magnifique déclaration d’amour à la musique baroque : derrière l’appel à la beauté et l’humilité « Soli Deo Gloria » (louange que l’on peut traduire par « À Dieu seul la gloire ! »), certains auraient reconnu la signature de Jean-Sébastien Bach. 
Une partition en neuf chapitres grandiosement orchestrée par Jean-Christophe Deveney (1) — un scénariste déjà remarqué par la critique, notamment pour « Les Météores » (dessiné par Tommy Redolfi et publié chez Delcourt) qui a reçu le Prix spécial du jury d’Angoulême cette année — et Édouard Cour (2) : un dessinateur polymorphe, dont le travail à l’encre (avec des ajouts de lavis de gris et de trames numériques) est ici impressionnant.
(1) Sur Jean-Christophe Deveney, voir notamment sur BDzoom.com : Deux bandes dessinées pour se plonger au cœur de la mêlée de rugby et de l’histoire populaire du football…, De fantastiques mousquetaires rencontrent un fabuleux fabuliste…, « Niala » : une cible parfaite pour les ayatollahs du politiquement correct…, Quelles BD jeunesse pour cet été ? 30 bonnes idées de lecture offertes par BDzoom.com…, Réussir un naufrage……
(2) Sur Édouard Cour, voir notamment sur BDzoom.com : « Herakles » T3 par Édouard Cour… 
« Soli Deo Gloria » par Édouard Cour et Jean-Christophe Deveney
Éditions Dupuis (30 €) — EAN : 9791034768974

















