« Mémoires d’un garçon agité » : un portrait plein de tendresse et d’humour…

Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.

Sous une apparente naïveté, Germain est donc un petit garçon « agité », comme mentionné dans le titre de cet ouvrage vraiment très réussi. S’il refuse d’entrer dans le monde des adultes, il a quand même beaucoup d’histoires à nous raconter ! Cet enfant espiègle va alors prendre le pseudonyme de Raoul Underwood (la marque de son appareil à dactylographier) pour se remémorer d’abord l’année de ses sept ans : un hiver particulièrement rude où il va rencontrer le Père Noël…

Puis ce sera les souvenirs de ses huit ans chez ses grands-parents, où il a été confronté pour la première fois à la mort, quand son chat s’est fait écraser. Ensuite, il passera à ceux de ses neuf ans et enfin de ses dix ans — où il finira par nous avouer ce qu’il appelle « le gros truc » —, se voyant déjà comme un grand écrivain que les journalistes interviewent…

Dans ce portrait plein de tendresse, Vincent Zabus (1) a choisi des mots justes pour évoquer, donc avec finesse et sobriétéla question de l’envie de se surpasser, celle du deuil, et celle de cette culpabilité qui peut coller à la peau toute une vie — qu’on soit adulte ou un gosse de dix ans —, sans jamais tomber dans le pathos !

La bonne bouille que Valérie Vernay (2) a donnée à ce mélancolique protagoniste, aux grands yeux écarquillés, rend le récit encore plus poignant. Épaulé par des couleurs pastel différentes pour chaque chapitre, son trait simple, tout en douceur et délicatesse, se révèle pourtant extrêmement expressif.

Gilles RATIER 

(1)  Sur Vincent Zabus, voir récemment sur BDzoom.com : Hippolyte, Vincent Zabus et la sensibilité de l’enfance : c’est « Incroyable ! »…« Magritte : ceci n’est pas une biographie » par Thomas Campi et Vincent Zabus« Macaroni ! » par Thomas Campi et Vincent ZabusLe Monde selon François par Renaud Collin et Vincent Zabus, Le Monde selon François T1 : Le Secret des écrivains

(2)  Sur Valérie Vernay, voir récemment sur BDzoom.com : Fin de la surprenante trilogie « Rose » ou comment, parfois, 1+ 1 = 1 !« Rose T1 : Double Vie » par Valérie Vernay, Émilie Alibert et Denis Lapière« La Mémoire de l’eau » T2 par Valérie Vernay et Mathieu Reynès« La Mémoire de l’eau » T1 par Valérie Vernay et Mathieu Reynès« La Guerre des boutons » par Valérie Vernay et Mathieu Gabella… 

« Mémoires d’un garçon agité » par Valérie Vernay et Vincent Zabus

Éditions Dargaud (23,95 €) — EAN : 9782205213959

Parution 30 janvier 2026

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