Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...Les chimères bien humaines de la Terre sont réunies à celles métaphysiques de Vénus pour une conclusion en apothéose de la trilogie « Les Chimères de Vénus »…
Il y a des moments où les astres s’alignent pour le meilleur de la bande dessinée. Ainsi, après la conquête de Mars dans l’excellente série du « Château des étoiles », c’est Vénus que les hommes essayent de coloniser tout au long de la trilogie des « Chimères de Vénus ». Le talentueux Alex Alice a confié scénario et dessin aux non moins talentueux Alain Ayroles et Étienne Jung. Le dernier volume de cette courte uchronie clôt brillamment un cycle d’une grande richesse.
Nous sommes en 1874, la France du toujours vivant Second empire participe à la révolution technologique et copernicienne de l’emploi de l’éther. Dans les sept volumes de la série « Le Château des étoiles » parus de 2014 à 2024, Alex Alice narre la découverte de l’éther : une substance qui remplit le vide du cosmos en transmettant la lumière des étoiles.
La famille scientifique des Dulac se lance dans la construction d’un moyen de transport pour explorer l’espace à partir de ce milieu matériel impalpable. Elle reçoit l’aide inattendue du roi de Bavière Louis II. S’ensuivent la conquête de l’espace puis des conflits pour le colonisation de la planète Mars entre Prussiens et Français. Depuis 2021, Alain Ayroles et Étienne Jung développent « Les Chimères de Vénus » : une série parallèle issue de l’univers créé par Alex Alice autour, cette fois, de la planète que l’on appelle parfois L’Étoile du berger.


Cette série peut se lire indépendamment de la première. Dans une Vénus au climat chaud, l’évolution est restée au stade des dinosaures et des forêts géantes. Malgré ce milieu pour le moins hostile, les puissances européennes ont commencé à coloniser notre planète voisine. Français et Anglais se sont partagés les continents que les forçats des bagnes défrichent dans des conditions extrêmes : chaleurs tropicales, violences des matons ou attaques de grands reptiles carnivores.
Aurélien d’Hormont, un poète contestataire, a réussi à s’échapper du bagne. Il suit la migration des sargasses : d’étranges créatures vénusiennes et dérive sur l’océan jusqu’aux rives d’une île mystérieuse. Pendant ce temps sa fiancée, l’actrice Hélène Martin, embarque pour Vénus avec le ferme espoir de le libérer. Elle arrive avec un corps expéditionnaire britannique sur l’île magnétique suivie de près par une troupe coloniale française.
Dans cet ultime opus, nous revivons en flash-back le début de l’idylle entre Hélène et Aurélien dans le Paris bohème des années 1870 où dans les cafés se disputent poètes parnassiens, peintres sans le sou et actrices en quête de célébrité. L’essentiel de l’intrigue se concentre sur l’île magnétique, Hélène retrouve son amoureux, mais celui-ci semble irrésistiblement attiré par une étrange source d’énergie au cœur d’un château édifié par une civilisation disparue. Les paysages sont grandioses, car transformés par l’éthérite, le minéral source de l’éther qui fige les animaux préhistoriques. Cela offre aux regards humains une forêt en lévitation ou un pont invisible sur un abyme sans fond. Ce fragile équilibre est menacé par l’affrontement imminent entre les régiments anglais et français.

Le dessin inventif tant dans la construction géométrique des planches que dans la création des décors d’Étienne Jung.
Le dernier volume du triptyque se lit d’une traite car les événement s’enchainent harmonieusement et le récit offre une multitude de niveaux de lectures.
L’uchronie s’attarde ainsi sur les classes sociales exploitées de l’Europe de la révolution industrielle ou sur la politique répressive des régimes autoritaires, alors que le coté steampunk du récit permet de s’attarder sur des armes et des vaisseaux spatiaux originaux.
L’hommage aux récits de Jules Verne, de Conan Doyle (« Le Monde perdu ») et même de H.P. Lovecraft (l’aspect des sargasses évoque certaines créatures monstrueuses du reclus de Providence) est magnifié par le dessin inventif, tant dans la construction géométrique des planches que dans la création des décors, d’Étienne Jung.

Reprenons ici l’hommage de Gilles Ratier dans son article sur le premier volume de la série à propos des qualités d’écriture d’Alain Ayroles et de dessinateur d’Étienne Jung : « Le génial Alain Ayroles (1) s’en donne à cœur joie, mêlant grand spectacle, merveilleux, lutte des classes, corruption et humour, en puisant son inspiration sans limites dans les récits de voyages fantastiques et la littérature du XIXe siècle : de Gustave Flaubert à Jules Verne, en passant par Émile Zola ou Gaston Leroux. Le tout ponctué d’une touche de Steven Spielberg (« Jurassic Park ») et de Walt Disney qu’amplifie le graphisme cartoonesque — mais pas trop, juste ce qu’il faut — d’Étienne Jung (2) qui a, selon son scénariste, « la capacité de produire des images enchanteresses, porteuses de poésie et d’émerveillement » : dont acte ! »
Nous avons pris beaucoup de plaisir à la lecture de l’ensemble de la trilogie et particulièrement à celle de ce dernier volume, nous n’avons qu’un seul regret : laisser ses protagonistes : « En quête d’idéaux inaccessibles et d’amours qui le sont tout autant … à la poursuite des chimères. »
Laurent LESSOUS (l@bd)
« Les Chimères de Vénus T3 : Troisième Partie » par Étienne Jung et Alain Ayroles
Éditions Rue de Sèvres (15,00 €) – EAN : 9782810202423
Parution 28 janvier 2026
(1)  Voir : Dans les pas de Cervantès, avec un véritable et formidable roman picaresque en BD signé Guarnido et Ayroles !, « De cape et de crocs T11 : Vingt Mois avant » par Jean-Luc Masbou et Alain Ayroles, « D T3 : Monsieur Caulard » par Bruno Maïorana et Alain Ayroles, Dernier acte pour « De Cape et de crocs »…
(2)  Voir : « Gargouilles » T7 (« La Dernière Porte ») par Silvio Camboni et Denis-Pierre Filippi et « Brüssli » T3 (« Le Bien-aimé »).




















