Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
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Dans les années 1960, en Éthiopie, comme dans toute l’Afrique orientale, un ambitieux projet spécial voit le jour. Le but ? Sauver la faune et la flore, en créant d’immenses parcs nationaux. Diligenté par l’Unesco, le WWF et des experts occidentaux, ce rêve a toutefois un prix : expulser de force des millions de paysans, vivant de braconnage et de brûlis… À la suite de deux assassinats, une enquête débute, laquelle va révéler toute la violence du colonialisme vert. Celle d’hier, comme celle d’aujourd’hui, racontées dans ce roman graphique documentaire par Guillaume Blanc et Chico.
Appuyées sur les dizaines de milliers de pages d’archives collectées d’Addis-Abeba à Rome, Londres ou Paris, l’histoire narrée ici est en grande partie authentique. Son scénariste, Guillaume Blanc, également historien à Bordeaux et fin connaisseur de l’évolution de l’environnement africain au XXe siècle, s’est plus particulièrement intéressé au parc national du Simien. C’est ce dernier (412 km²), situé sur les plateaux du nord de l’Éthiopie, que l’on retrouve comme vaste décor naturel de cet album, en parallèle des paradoxes d’une mission écologique supposément destinée « sauver » l’Afrique.
Car, en ce début des années 1960, le constat est malheureusement unanime : chaque jour, l’humain détruit un peu plus la nature. Entre humanité grandissante et disparition des richesses et ressources naturelles du pays, dont celle de la grande faune sauvage, les dirigeants sont contraints de faire un choix cornélien. En Éthiopie, la forêt est alors réduite à moins de 5 % du territoire (contre 40 au début du siècle), avant-goût de futurs désastres annoncés. En 1961, l’empereur Hailé Sélassié valide donc le projet spécial africain présenté par des experts occidentaux. Pour ces ex-colonisateurs d’autres territoires africains, alors que, précisément, l’Éthiopie n’avait jamais été colonisée (seule exception, l’occupation italienne des troupes fascistes de Mussolini, en 1935-1936), l’occasion est trop belle. Les enjeux de pouvoir aussi…
Au début de l’album, dans le Simien, un garde (Haylu Ayale) est assassiné en 1969, alors qu’il patrouille aux côtés de George Brown, nommé gardien chef du parc depuis trois ans. Un acte de représailles, à la suite de la mort d’un braconnier survenue quelques mois plus tôt… Entre experts mandatés, gardiens et populations locales (familles semi-nomades, villageois bergers et agriculteurs), les tensions, mensonges et affabulations atteignent leur paroxysme. Les uns (dont le major Gizaw) tentent au mieux de faire comprendre et d’amender : au pire d’expulser violemment (en brûlant les huttes et abattant les chiens). Les autres continuent de défricher, de brûler le bois et d’abattre les animaux locaux (notamment les bouquetins walia)…. qui sont leurs seules ressources. Pendant ce temps, l’empereur éthiopien utilise les règles coercitives du Simien pour soumettre les populations qui refusent de payer son impôt, jugé trop élevé.
Le fictif Sébastien Gops, missionné par l’ONG WWF sur les assassinats de 1969, fait un rapport impartial de la situation, six mois plus tard, en Suisse. Divisé en quatre parties et autant de points de vue truffés d’intentions conflictuelles (ceux de l’ancien gardien-chef Nadew Woreta, de George Brown, du major Gizaw et de John Blower, un ancien colon mandaté par l’Unesco ; des personnages tous authentiques), ce one-shot rend compte d’une Afrique fantasmée, où la violence du colonialisme vert pèse et continue de peser sur des millions d’Africains, finalement devenus les victimes des normes internationales de conservation. Des expulsions qui, nous expliquent in fine les auteurs, se poursuivent encore de nos jours. Graphiquement réalisée dans un style sobre et sec, proche du dessin de presse (Chico dessine pour Topo et La Revue dessinée ; voir aussi « Les Portugais ») et utilisant les trames ombrées, cette BD reportage semble rejoindre ce dicton local : « Au milieu, chez nous en Éhiopie, le paradis, à la périphérie, le feu de l’enfer. »
Philippe TOMBLAINE
« Les Sacrifiés du paradis : enquête au cœur du colonialisme vert » par Chico et Guillaume Blanc
Éditions Delcourt (24, 50 €) — EAN : 9782413089865
Parution 12 mars 2026





















