« Sedan, 1870 » : les derniers jours du Second Empire…

Entraîné en partie malgré lui, dès juillet 1870, dans un conflit contre les puissants États allemands, Napoléon III voit son destin basculer le 1er septembre à Sedan… En racontant les circonstances de cette guerre et les épisodes – mal connus – de la « débâcle » du Second Empire, Jean-François Vivier et Emmanuel Cerisier font œuvre pédagogique chez Plein Vent. Un album plein de fureur et de feu, derrière la mélancolie désemparée d’un dirigeant aussi las que malade…

Le début de la fin (planche 1 - Plein Vent 2026).

Outre le tragique épisode postérieur de la Commune de Paris (18 mars au 28 mai 1871), que retenons-nous usuellement de la date de 1870 ? Pour beaucoup, cette date charnière de l’Histoire de la France et de l’Europe, réplique du Waterloo de 1815, n’est guère plus heureuse, sauf à saluer le passage du Second Empire à la Troisième République. En matière de références et d’images, nous gardons ainsi principalement l’amer souvenir d’un Napoléon III totalement défait : un dernier empereur des Français succombant sous les assauts de la Prusse d’Otto von Bismarck. L’armée française, mal préparée, mal commandée et très inférieure en hommes comme en matériels (230 000 cavaliers et fantassins, 145 canons du côté français ; plus de 500 000 hommes et 1 600 canons Krupp côté allemand) alla, de fait, de mal en pis au fil des batailles. Citons celles de Sarrebruck, Wissembourg, Reichshoffen (et ses charges suicidaires de cuirassiers…), Gravelotte (dont on tira une expression restée fameuse), Bazeilles (qui inspira au peintre Alphonse de Neuville le tableau patriotique « Les Dernières Cartouches » en 1873) et donc celle de Sedan (Ardennes), qui se solda par 15 000 Français tués ou blessés et 91 000 prisonniers… dont Napoléon III.

« Le Cimetière de Saint-Privat » (Alphonse de Neuville, 1881)

« Les Dernières Cartouches » (Alphonse de Neuville, 1873)

Comme l’explique le scénariste Jean-François Vivier, « il s’agit d’une période passionnante, durant laquelle la France bascula, et qui est finalement très peu connue ». Après avoir déjà réalisé trois albums en commun se passant au XIXe siècle (« Le Sacré-CÅ“ur de Montmartre » en 2020, « Général de Sonis » en 2022 et « Les Zouaves pontificaux » en 2024), cette « période colorée [uniformes en particulier] semblait parfaitement adaptée au style d’Emmanuel Cerisier ».

Recherches pour la couverture.

Inscrit chez Plein Vent dans la collection des Grandes Batailles de l’histoire de France, où furent déjà réalisés depuis 2022 « Bir Hakeim, 1942 », « Austerlitz, 1905 », « Verdun, 1916 », « Diên Biên Phu, 1954 », « La Libération de Paris, 1944 » et « La Campagne d’Égypte, 1798-1799 », tous scénarisés par Pascal Davoz ou Jean-François Vivier, cet album replace les événements dans leurs perspectives, tout en se focalisant sur le personnage de Napoléon III. Souffrant d’une santé très dégradée depuis 1865, l’empereur prépare alors la régence, tout en s’apprêtant à abdiquer en 1874 (quand son fils aurait 18 ans). Jean-François Vivier et Emmanuel Cerisier illustrant combien la guerre franco-allemande s’inscrit dans un contexte de questionnement nationaliste, alors que la Prusse de Guillaume 1er cherche à prendre le pas sur l’Autriche et la France.

Wissembourg (p. 18 - Plein Vent 2026).

Profitant d’un incident diplomatique mineur, manipulé par Bismarck (dépêche d’Ems), le conflit est aussi un moyen de venger la défaite d’Iéna en 1806. Dans les salons parisiens comme sur le terrain militaire, l’engrenage fatidique devient inéluctable : ordres, contrordres, destitutions et nominations précaires de ministres ou généraux s’enchainent, tandis que les maréchaux Mac Mahon et Bazaine deviennent les parangons de la « débâcle », narrée par Émile Zola en 1892. « Vaincu de Sedan » et « traître de Metz » passent à la postérité, le premier réprimant ensuite la Commune dans le sang. Parfaitement fluide, illustré de manière précise et documenté (on pourra repérer les clins d’œil graphiques aux peintures militaires des années 1870), cet album de 48 pages remplit amplement son contrat tacite : expliciter les arcanes d’une bataille décisive, qui orienta jusqu’en 1918 toute la stratégie politique et militaire française, mue par la récupération de l’Alsace-Lorraine. En redécouvrant la bataille de Sedan, livrée par un empereur dépassé, on ne peut néanmoins s’empêcher de penser qu’elle ne fut qu’un prélude à la toute aussi dramatique percée allemande du 13 mai 1940… réalisée – depuis les Ardennes – au même endroit.

« Napoléon III lors de la bataille de Sedan » (Wilhelm Camphausen, 1885).

Philippe TOMBLAINE

« Sedan, 1870 » par Emmanuel Cerier et Jean-François Vivier

Éditions Plein Vent (15,90 €) — EAN : 978-2-38488-154-3

Parution 10 septembre 2026

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