« Le Clan de Walden » : les prémices de la pensée écologiste vues par Catherine Meurisse…

Une bande décidée sort de l’orée d’un bois près d’une étendue d’eau. Le groupe est mené par un écureuil portant un bâton de dynamite. Derrière l’intrigant rongeur se tient, sur sa droite, un jeune homme remontant sa manche et, sur sa gauche, un loup debout sur ses pattes arrière tenant un livre. À droite de l’homme, il y a un ours imposant. Nous voyons encore, sur une troisième ligne, une fière jeune femme dans une robe rouge, une intrigante Indienne et un solide gaillard en chemise à carreaux. Un cervidé caché dans la forêt regarde cette hétéroclite coterie. Il s’agit du clan Walden, créé par Catherine Meurisse pour les éditions Dargaud…

Un loup adossé à un arbre écrit dans un cahier son sentiment de plénitude à vivre dans la nature sauvage et luxuriante d’un recoin du Massachusetts. Sa sérénité est malheureusement interrompue par le vacarme fait par un jeune homme abattant des arbres. Ce bûcheron soliloque et, curieusement, son discours est identique aux mots posés quelques instants plus tôt par l’écrivain lupin dans son journal. Intrigué, le loup interrompt l’homme et les deux protagonistes se présentent. Le jeune homme se nomme Thoreau et l’inspiré canidé Henry David. Sur ces entrefaites arrive un écureuil choqué par les arbres abattus ; Thoreau s’excuse et lui explique sa volonté de construire une cabane pour vivre en pleine nature.

Une fois son modeste logis construit, Thoreau prend ses marques. Novice dans ces lieux, visant l’autosuffisance, il est conseillé par Henry David sur la vie dans les bois, les ressources de ces derniers, leur histoire avant l’arrivée des hommes… Thoreau devient une curiosité pour ses voisins à plumes et à poil qui viennent observer cet être décidément bien curieux.

Si Thoreau veut vivre chichement pour observer la nature et la décrire, il ne se coupe pas pour autant du monde. Il se rend régulièrement dans la ville de Concord où vit sa famille. S’il profite ainsi de la revigorante potée de sa mère, Thoreau en profite aussi pour y croiser son mentor Emerson, père du transcendantalisme. Ce sont d’ailleurs les écrits de ce dernier qui ont poussé Thoreau à s’installer en pleine nature. Le philosophe avait accepté que Thoreau bâtisse sa cabane sur un terrain lui appartenant, près de l’étang de Walden.

Malheureusement, même en vivant en solitaire, Thoreau ne peut échapper aux vicissitudes de son époque. C’est un antiesclavagiste convaincu. Pacifiste, il s’oppose à la guerre que mènent les États-Unis contre le Mexique et refuse de payer un impôt levé pour financer ce conflit, ce qui lui vaut de passer quelque temps en prison. Mais la marche du monde le désole tout autant, d’autant plus que son voisin — Buffalo Gilles — et d’autres sont prêts à tout pour profiter de l’emballement du capitalisme naissant.

Face à cette situation, Thoreau s’associe à sa première compagne — l’explosive Carson —, l’éthérique Waldo Emerson et l’un de ses étudiants (John Muir). Cette troupe est secondée par les animaux de la forêt, dont Thoreau s’est attiré la sympathie. La confrontation peut commencer…

La constitution de ce clan hétéroclite et le choix du casting de personnages historiques permettent à Catherine Meurisse de nous présenter la construction de la pensée d’Henry David Thoreau, de nous expliquer sa démarche philosophique en matière de désobéissance civile, de philosophie écologique, d’observations naturalistes. Habilement, Catherine Meurisse nous montre ce que nous devons à Thoreau en matière de pensée écologique et sociétale. Les travaux et thèses de Ralph Waldo Emerson, John Muir et Rachel Carson nous sont aussi présentés, dans la lignée des idées de Thoreau.

Autour de ces personnages, cohabite un grand nombre d’animaux qui, comme chez Ésope et La Fontaine, parlent avec les hommes et interagissent avec eux, servant de révélateur à nos travers et de passeurs vers une sagesse naturaliste. Catherine Meurisse les utilise régulièrement, on les retrouve dès ses premières pages pour la revue Capsule cosmique. Leur présence apporte aussi un rythme et déclenche des situations burlesques dans la lignée de Tex Avery.

Catherine Meurisse continue malicieusement avec « Le Clan de Walden » son exploration des rapports entre l’humanité et la nature déjà entamée dans « La Légèreté », « Les Grands Espaces » (1), « La Jeune Femme et la mer » ou encore « Le Passage ». Cette exploration se fait une nouvelle fois avec son trait vif et joyeux, son rendu envoûtant des couleurs du monde végétal, minéral et animal — que nous avons abîmé. Charge à nous de rejoindre « Le Clan de Walden », afin de retrouver ce lien vital et nécessaire.

Brigh BARBER

(1) On peut écouter l’émission de « CO2 mon amour » avec Catherine Meurisse sur les lieux de son enfance servant de cadre à l’album « Les Grands Espaces ».

Régulièrement citée dans nos « Zoom sur les meilleurs ventes », Catherine Meurisse nous accorda un entretien pour la sortie de  »Moderne Olympia« . « Franky et Raoul, Spécimens de la jungle! » fut son premier album chroniqué sur notre site.

« Le Clan de Walden » par Catherine Meurisse

Éditions Dargaud (26,50 €) — EAN : 9782205208078

Parution 18 septembre 2026

Éditions Dargaud (32 €) — EAN : 9782205217339 (pour l’édition en noir et blanc)

Parution 20 novembre 2026

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