Dans un monde médiéval fantastique ravagé par la guerre, où le bien et le mal se confondent en absurdités sanglantes, Alastor de Sombregarde est un chevalier maudit, revenu d’entre les morts, grâce à l’intervention d’un maître-gobelin plutôt roublard du nom de Guulghar. Cette anthropomorphe créature, aussi cynique que philosophe, tient en sa main un bâton orné du crâne de son frère Huulghar, lequel continue, malgré tout, de parler et d’exercer la sorcellerie. L’improbable trio traverse champs de bataille et forêts damnées, afin de retrouver la dulcinée du seigneur désabusé… Aurélien Morinière illustre de façon magistrale cette grinçante épopée d’heroic fantasy —tendance Tim Burton —, dont son complice (Olivier Dobremel, alias Dobbs) nous livre de prometteuses prémices tragi-comiques…
Lire la suite...« Le Montreur d’histoires » par Beuchot et Zidrou
« Il était une fois… » : c’est une bonne formule pour commencer à voyager, au moins parmi les contes et les légendes. Justement, « Il était une fois » est le nom d’un conteur manchot, d’un griot puisqu’on est en Afrique mais dans un pays indéterminé où règne une corruption parfaitement organisée par des policiers sans scrupules…
« Il était une fois » est plus qu’un conteur, c’est un marionnettiste (animant avec ses pieds !) qui, sous le couvert de ses « mensonges qui sont beaux », et au péril de sa vie, s’en prend aux interdits. Avec succès, d’ailleurs, car enfants et adultes se pressent autour de la brinquebalante roulotte de l’artiste. Du coup, d’histoire en histoire, celles du marionnettiste, celles des spectateurs, celle de Zidrou lui-même, s’étoffe, au bout du « conte », un curieux récit qui semble au premier abord s’adresser aux enfants alors qu’il propose aux dos et aux adultes un récit incroyablement charpenté, parfaitement rédigé (envolées poétiques, réflexions philosophiques, dénonciations politiques…), tendre et cruel à la fois.
D’un côté les « honnêtes » gens qui ont tant besoin de rêver; de l’autre, les censeurs patentés qui usent et abusent de leur autorité rackettant, tuant, sous la férule d’un Salif sadique et despotique, prêt à tout pour faire disparaître la moindre trace de culture et de liberté. En fait, c’est toute une galerie de personnages et même d’autoportraits car les habitants se présentent directement aux lecteurs; chacun, en se racontant, dénonce l’injustice, les mariages forcés à 12 ans, les femmes violées et la barbarie des représentants de l’ordre. Un peu à la façon dont le chanteur Victor Jara, au Chili, en 1973, eut les doigts brisés pour ne plus jouer de sa guitare, « Il était une fois » est un artiste molesté, martyrisé, amputé, bel et bien !

Dans ce récit où l’on sent palpiter la vie des villages et de la brousse, le drame se joue, se noue, s’enfonce, s’engonce terriblement. Mais au-delà de la tragédie, il reste une superbe leçon de sagesse et de vie, de résistance et de fierté. Sans oublier une très belle histoire d’amour, certes contrariée.
Zidrou construit au fil du temps une œuvre de plus en plus personnelle, sensible et intelligente. En outre, ce titre, émouvant et puissant, est un album réellement atypique, un des plus étonnants parus ces derniers temps, sous le couvert du dessin épuré et extrêmement bien coloré de Raphaël Beuchot.
Bref, le poids des mots des griots, le choc des images des auteurs de BD !
Alors bon voyage, quelque part entre Sénégal et Mali…
Didier QUELLA-GUYOT (L@BD et blog)
» Le Montreur d’histoires » par Raphaël Beuchot et Zidrou
Éditions Le Lombard (19, 50 €)







