Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...« Une nuit de pleine lune » par Hermann et Yves H.
À la tombée de la nuit, quatre jeunes hommes et une fille du même âge se préparent à cambrioler la riche demeure d’un couple de paisibles retraités dont ils connaissent les habitudes. Nerveux et mal préparé, ce groupe de « mauvais garçons » pense pouvoir s’introduire dans la maison, vider le coffre et se partager la mise…
Mais tout va se compliquer car le coffre résiste… Nos apprentis voleurs décident alors d’attendre le retour de leurs victimes parties au cinéma et de les effrayer pour les obliger à dévoiler le code adéquat. Seulement voilà, le propriétaire, qui est un ancien légionnaire, n’est pas le vieux monsieur sans défense auxquels tous croient avoir affaire… : et les cadavres vont commencer à s’accumuler…

Ça tire à vue de tous les côtés, un peu comme dans « Lune de guerre » (scénario de Jean Van Hamme), un autre formidable fait-divers contemporain illustré par maître Hermann, il y a déjà onze ans… Ici, son fils, qui signe Yves H. et avec qui il collabore depuis pas mal de temps, lui a concocté un cinématographique scénario bien angoissant et bourré de suspens : et le dessinateur de « Jeremiah », des « Tours de Bois-Maury », de « Bernard Prince » ou de « Comanche » le met extraordinairement en lumière…, ou plutôt en pénombre, vu que la plus grande partie de l’action se déroule la nuit. En effet, son dessin, totalement maîtrisé, réussit à briller de tous ses feux au milieu des tons en clair-obscur (Hermann n’ayant pas été avare de conseils à Sébastien Gérard, son coloriste occasionnel) et d’une ambiance vraiment sombre…

Finalement, au bout de ce conte qui se lit d’une traite tellement le découpage est efficace, « Une nuit de pleine lune » est certainement l’œuvre commune, du père et du fils Huppen, la plus aboutie ! Du moins jusqu’à aujourd’hui…
Gilles RATIER pour bdzoom.com
« Une nuit de pleine lune » par Hermann et Yves H.
Éditions Glénat (13,50 €)








