Après avoir évoqué les vies de Léon et Sofia Tolstoï en 2020, également publiées chez Futuropolis, la scénariste et écrivaine de livres jeunesse belge Chantal van den Heuvel et le dessinateur danois — aux différents styles — Henrik Rehr se sont attelés à une étonnante et sensible biographie de John Ronald Reuel Tolkien : l’auteur des romans « Le Hobbit » et « Le Seigneur des anneaux », lesquels prennent place dans l’univers de la Terre du milieu ; dont Tolkien développa la géographie, les peuples, l’histoire et les langues durant la majeure partie de son existence. La découverte de ce réactionnaire professeur d’université, philologue et poète, qui allait à la messe tous les jours, est une réalité opposée à la vision que s’en font la plupart de ses lecteurs amateurs de fantasy et de liberté…
Lire la suite...LE CAMION DES YEUX
1965. Des manifestations d’étudiants parisiens idéalistes aux réalités troubles d’une Afrique en trompe l’oeil, Mathilde gagne le Cameroun pour tenter de donner un sens à sa vie. Elle est bientôt rejointe par le beau Clément, qui s’est résolu par amour à surmonter son inertie et à s’embarquer clandestinement.
Le camion des yeux, t1, N’Gaoundéré, Arnaud Floc’h et Jean-Louis Floch, BFB éditions
Il affronte la faune des Européens énervés, mais c’est bel et bien Amiel, l’énigmatique instituteur noir, qui manipule tous les destins.
Le titre est en soi le reflet de l’album : surprenant, exotique et accrocheur ; alors que la couverture, peu compréhensible au premier regard et résolument vieille école, centrée sur un non événement apparent, attire l’attention vers les détails qui ponctuent, comme autant de relais posés en indices, une intrigue ostensiblement linéaire, mais en fait touffue et savamment composée, jusqu’à faire glisser le propos doucement acidulé d’une comédie sociétale vers un implacable drame fantastique. Plein de mystères, fonctionnant tout en suggestions escamotées aussitôt que dévoilées, ce récit de mauvais oeil, d’envoûtement, de frustrations personnelles aiguës, de fausses libertés et de vrais malheurs, nous est donné sur fond d’affirmation désordonnée des identités nationales africaines, alors que les blancs refluent tout en restant très présents. L’ambiance post coloniale est encore renforcée par le dessin rétro, l’encrage en couleurs primaires et la texture granuleuse du papier très années 1960. Une jolie découverte chez un éditeur perspicace.
Joël Dubos







