Manu Larcenet nous livre peut-être ici son album le plus personnel, après « Le Combat ordinaire » et « Blast » ! Il nous parle de la mort et de la vieillesse, cherchant à regarder en face ce qui nous échappe : la maladie, la solitude, l’angoisse, les liens que l’on a brisés, le temps qui passe, l’inadaptation à la société… Plus radicalement encore, en se dessinant au bord du vide et en retirant presque tout ce qui pourrait faire écran entre son personnage et le lecteur, il laisse planer cette question qui revient lorsque tout le reste s’effondre : à quoi bon ? « L’Insensé » est un album poétique que certains jugeront parfois inconfortable, mais qui est d’une puissance rare : une œuvre qui refuse les facilités de l’émotion, pour mieux atteindre quelque chose de beaucoup plus profond…
Lire la suite...« Le Salon » par Nick Bertozzi
Voilà un étonnant roman graphique aux couleurs vives et au format à l’italienne qui nous vient des USA, son auteur enseignant la bande dessinée à l’École des Arts Visuels de New York. Entre fantastique et loufoque, il nous mène sur les traces des acteurs d’une période importante de l’histoire de l’Art, dans le Paris de 1907. Et c’est aussi le thème d’une grande exposition qui se tient en ce moment au Grand Palais (du 10 octobre 2011 au 14 janvier 2012) : « Matisse, Cézanne, Picasso… L’aventure des Stein ».
Georges Braque, jeune peintre alors inconnu, débarque dans la capitale pour présenter ses œuvres au salon des célèbres mécènes et collectionneurs Gertrude et Léo Stein, que fréquentent assidûment Picasso, Apollinaire, Satie… Or, ces esthètes sont actuellement préoccupés par une série de meurtres qui terrorise le tout Paris artistique et qui a été effectuée par une fascinante femme à la peau bleue. Curieusement, pour oublier leurs angoisses, ils consomment une absinthe, également colorée en bleu, laquelle leur permet de se projeter dans n’importe quelle toile : des voyages fabuleux qui vont peut-être leur permettre d’arrêter cette énigmatique meurtrière…
Outre son intérêt historique, ce polar décalé et ingénieux dégage une grande énergie, notamment grâce à une narration originale qui met en scène des artistes hauts en couleurs et qui restitue fort bien la folie créatrice de cette époque ; où nous assistons, entre autres, à la naissance du cubisme. Notons enfin l’encrage soigné (au pinceau) des dessins réalisés par Nick Bertozzi : simples pour être très lisibles et rehaussés par des couleurs chatoyantes, ils fourmillent pourtant de détails surprenants…
Gilles RATIER
« Le Salon »par Nick Bertozzi
Éditions Cambourakis (22 €) – ISBN : 978-2-916589-86-2











