Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...« Marcinelle 1956 » par Sergio Salma
Sergio Salma, le scénariste inspiré du strip horizontal « Animal lecteur » (que les éditions Dupuis nous autorisent à reprendre, chaque semaine, pour égayer notre « Zoom sur les meilleures ventes de BD ») est aussi le dessinateur de la série de gags pour la jeunesse « Nathalie ». Or, voici qu’il sort des sentiers qu’il avait lui-même battus, naguère, en nous racontant un sujet social grave : une preuve de plus de sa curiosité intellectuelle et de son refus des étiquettes.
Pour ce faire, il a décidé de revenir à un sobre noir et blanc et à un ton bien sérieux qu’il avait déjà utilisé, par exemple, pour l’album « Faits divers » réalisé avec Francesco Pittau chez Michel Deligne, en 1982, ainsi que sur quelques pages publiées dans le magazine (À suivre) ou dans l’éphémère Tintin Reporter du début des années 1980.
Ainsi, sans trop transformer son trait quasi jeté, cet Italien de Belgique (qui vit aujourd’hui en Allemagne) met ici en images un récit, plus personnel et ambitieux, qui raconte la catastrophe du charbonnage Le Bois du Cazier. Alors qu’un wagonnet a été mal encagé dans un ascenseur et qu’un incendie s’est déclaré accidentellement, le 8 août 1956, 262 hommes de 12 nationalités différentes y ont laissé leur vie.
Situé à Marcinelle, dans la banlieue de Charleroi, en Belgique, Le Bois du Cazier est aujourd’hui un mémorial et un musée de la mine, le site ayant été très récemment inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.
C’est l’itinéraire de l’un de ces mineurs, immigré italien touchant et atypique par sa volonté de rompre avec la nostalgie du pays, que nous retrace l’auteur, avec justesse et sensibilité, accentuant sur la routine du quotidien des familles de cette communauté chaleureuse, tout en s’inspirant de sa jeunesse passée dans cette région wallonne.
Sensible et pudique, l’artiste nous prouve, surtout, qu’il maîtrise parfaitement le médium bande dessinée, réussissant à faire passer ce que certains pourraient appeler des faiblesses graphiques grâce à d’habiles effets narratifs : son découpage et de nombreuses scènes entièrement muettes nous faisant parfaitement partager la dure réalité de ce travail harassant, répétitif et très dangereux, qu’effectuaient ces hommes recrutés dans les campagnes étrangères. Ils devaient alors relancer l’économie d’un pays qui, finalement, a mis un coup d’arrêt à l’immigration, juste après ces événements : déchirant…
Gilles RATIER
« Marcinelle 1956 » par Sergio Salma
Éditions Casterman (17 €) – ISBN : 978-2-203-02225-6













