Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...« L’Entrevue » par Manuele Fior
Auréolé par un Fauve d’or du meilleur album au festival d’Angoulême, en 2011, pour son touchant « Cinq mille kilomètres par seconde » aux éditions Atrabile, l’Italien Manuele Fior (qui vit désormais à Paris) arrive, une nouvelle fois, à nous convaincre avec un dessin simple, au fusain, et une narration très efficace, où tout est suggéré plutôt que montré. Ceci est d’autant moins facile avec le sujet abordé : une espèce de rencontre du troisième type désabusée qui se transforme en véritable histoire d’amour !
Dans un futur proche, Raniero, sympathique psychologue quinquagénaire et moustachu, a une vie bien morne : sa femme est en train de le quitter après qu’ils aient été victimes d’une agression violente qui a détruit le peu d’affection qui restait entre eux, et les soirées qu’il passe avec son ami chirurgien Valter, un prétentieux du genre sanguin, ne sont guère enthousiasmantes. Et voilà qu’il croit voir un vaisseau spatial dans le ciel ! Déstabilisé, il perd le contrôle de sa voiture qui va être réduite en miettes.
Malgré la minerve qui lui maintient son cou, il continue cependant à travailler au sein de la clinique psychiatrique qui l’emploie. Arrive alors une jeune et jolie patiente qui se dit télépathe et membre de la nouvelle convention qui consiste à renier l’ordre établi et les règles de propriété, et qui est, donc, adepte de l’amour libre : il se trouve qu’elle a vu, elle aussi, le même engin spatial et elle prétend être en contact avec les extraterrestres…
Cet imposant roman graphique, aussi philosophique que poétique, est, également, un véritable ovni, car il mélange les genres : nous transportant, souvent avec humour, dans un monde où l’amour n’est plus unique et où les voitures automatiques vous conduisent où vous voulez, tout en devisant sur une société en attente, complètement perdue et sans espoir, qui cherche ses repères.
À la fois histoire de science-fiction sentimentale et chronique sociale, « L’Entrevue » est surtout un envoûtant et sensible récit bien moins manichéen et graphiquement bien plus sophistiqué qu’il n’y paraît, au premier abord…
                   Gilles RATIER
« L’Entrevue » par Manuele Fior
Éditions Futuropolis (24 €) – ISBN : 978-2-7548-0583-4












