Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...« Les Champs d’azur » T4 (« Sarabande à la turque ») par Luc Brahy et Frank Giroud
Après trois tomes publiés en 2010 et 2011, la série « Les Champs d’Azur » reprend son envol, un « envol » de courte durée puisqu’il s’agit du dernier « volet » (encore un mot qui convient puisqu’il s’agit d’une série d’aviation). Il fallait une fin et c’est une « sarabande », une sarabandessinée, évidemment !
Dans le tome 1, « Les Pionniers », l’action se situait à la frontière algéro-marocaine, en 1906. Le soldat français Théodore Fayard utilisait le mur d’enceinte du poste militaire dans lequel il s’ennuyait pour lancer un modèle réduit d’avion. Il rêvait déjà de fabriquer des appareils révolutionnaires, une ambition qui le mène en 1908 à Juvisy chez Fernand Joliot, un fabricant d’aéroplanes. Avec « Pénélope », second volet, son ambition prend corps. Grâce à l’aide de sa famille, Théo part en 1910 aux États-Unis où il est engagé par un cirque aérien. Il devient un voltigeur confirmé et pour plaire à Maureen Lowell, une riche et jeune femme, mystérieuse patiente rencontrée dans le parc d’un asile du Tennessee, il tombe sous le charme et accepte de partir à la recherche de son mari porté disparu dans les Balkans en guerre…
Grâce à l’argent gagné au cirque Moysant mais surtout grâce à la fortune des Lowell, Théodore monte une petite escadrille de quatre aéroplanes, sur lesquels il continue d’apporter des améliorations. Peu de temps avant la Première Guerre, il choisit le camp bulgare pour placer son appareil, mais il réalise qu’il devra peut-être passer dans l’autre camp, celui des Turcs, pour récupérer l’Américain emprisonné. Il en fait la promesse et c’est un homme de parole. En attendant, pour décrocher un marché avec l’armée, il participe à un « Paris-Madrid » (titre du tome 3) avec passage au-dessus des Pyrénées…Il manquait à la saga amoureuse et familiale, une chute ou une apothéose. La voici ! Nous sommes en octobre 1916, Théodore Fayard, mobilisé, retrouve sur le front de Somme son vieil ami André Joliot, auquel il apprend son prochain mariage avec Maureen Lowell… Mais, hasard et rebondissement, il semble bien que le mari disparu depuis plusieurs années ne soit pas mort et que là-bas dans des geôles turques, il « attende » involontairement son heure pour contrecarrer le destin marital de Théodore… Deux hommes pour Maureen ; lequel est de trop ?
Cette saga familiale dans l’univers des pionniers de l’aviation, entre recherches, loopings, innovations et passions, est une mécanique bien huilée (normal, vu le thème !) comme sait les fabriquer Giroud, mêlant documentation et sentiments, l’histoire et l’amour. Du très bon Giroud et, ce qui gâte rien, c’est que Luc Brahy est d’une efficacité exemplaire et que les couleurs de Bérengère Marquebreucq sont élégantes et travaillées.
Alors, bon voyage et bon vol !
Didier QUELLA-GUYOT ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).
http://bdzoom.com/author/didierqg/
« Les Champs d’azur » T4 (« Sarabande à la turque ») par Luc Brahy et Frank Giroud
Éditions Glénat (13, 90 €) – ISBN : 978-2-7234-8881-5









