Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
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Après avoir expérimenté diverses techniques narratives et peaufiné son style graphique dans diverses bandes dessinées plus légères (le scénario de science-fiction d’« Ether Glister » et l’illustration d’album pour enfants de « Madame la Lune », chez Delcourt) ou carrément plus expérimentales (ses deux tomes du « Bel inconnu » chez Carabas), l’ancienne élève de l’école des Beaux-Arts d’Angoulême qu’est Nathalie Ferlut s’est affirmée, l’an passé, avec « Lettres d’Agathe », également paru dans la toujours très intéressante collection « Mirages ».
Avec ce portrait poignant et bouleversant, qui lui a permis de décortiquer les rapports entre mères et filles, elle a réussi à ne jamais tomber dans le cliché, maniant de façon plutôt subtile les moments où l’héroïne, sous le poids de la culpabilité, est à deux doigts de se désintégrer.
Et on retrouve ce même procédé d’écriture, à la grande force émotionnelle et assez littéraire, somme toute, dans ce subtil conte, triste et malicieux à la fois, qui nous parle de la fin de l’adolescence. À la fin de l’automne 1989, alors que le mur de Berlin vit ses dernières heures, sa nouvelle héroïne ne sait pas quoi faire de sa vie, traînant, sans conviction, son look de petite punkette romantique dans les rues et les bars de sa ville. Élisa (appelée ainsi en référence à la chanson de Serge Gainsbourg) se met alors au défi de séduire un homme bien plus âgé qu’elle… ; et elle va découvrir à la fois l’amitié, l’amour et la mort !
Voici un récit intelligent et sensible que la dessinatrice (et scénariste) a su porter tout au long des 110 pages de ce bel ouvrage où la vie de jeunes gens pessimistes, qui ne demandaient pourtant qu’à croire aux beaux discours censés changer le monde de la génération précédente, est remarquablement restituée. Ceci grâce à un dessin lâché (qui fait souvent penser à celui de l’Anglaise Posy Simmonds), à une colorisation aux ambiances radicales dues à Thierry Leprévost, à des personnages forts dans lesquels on s’identifie rapidement et à une narration aussi originale qu’efficace : au final, il s’agit certainement de l’un des plus beaux livres de ce début d’année !
Gilles RATIER
? Élisa ? par Nathalie Ferlut
Éditions Delcourt (14,95 Euros)








non pas ça ce n’est pas bien ça pas du tout.