Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...COMIC BOOK HEBDO n°115 (27/03/2010)
Cette semaine, ALICE AU PAYS DES MERVEILLES vue sous toutes les coutures…
ALICE AU PAYS DES MERVEILLES : ARTBOOK (éditions Bragelonne/Milady Graphics)
« Et, pensait Alice, à quoi peut bien servir un livre sans images ni dialogues ? » Excellente question mise en exergue du présent ouvrage, puisque celui-ci n’est constitué que d’images dialoguant entre elles ! Il est toujours plus difficile de parler d’un artbook que d’un album de bande dessinée, car à part dire que les images sont belles, aucune trame narrative n’est là pour appuyer la chose… Nous dirons donc que cet ouvrage comblera les lecteurs qui aiment autant Lewis Carroll que les pin-ups (oui, il y en a, je serais mal placé pour dire le contraire), puisqu’il reprend les différentes illustrations qui ont émaillé la série Return to Wonderland et sa suite Beyond Wonderland, éditées chez Zenescope Entertainment entre 2007 et 2009. Ces séries revisitent la mythologie d’Alice au pays des merveilles sous un angle résolument adulte, sensuel et angoissant. Nous y suivons les aventures de la fille d’Alice Liddle, Calie, pour qui les passages dans le miroir seront bien plus traumatisants que pour sa mère… Signées Raven Gregory et dessinées par Rich Bonk, Al Rio, puis Daniel Lester, enluminées par Nei Ruffino, elles proposent une version résolument sexy du mythe carrollien, et l’artbook rend bien compte de cette optique, nous proposant des visions aussi glamour qu’inquiétantes, sensuelles qu’angoissantes, humoristiques que coquines. Du lapin au chat de Cheshire en passant par le Chapelier fou et le Jabberwocky, les personnages mythiques sont tous présents, et c’est un vrai délice d’admirer les images qu’en ont tiré J. Scott Campbell, David Finch, Joe Benitez, ou Mike Deodato Jr pour ne citer qu’eux (car la liste est très longue !).
Il est intéressant de voir combien le mythe d’Alice ne cesse d’inspirer les artistes depuis sa création, que ce n’est pas une imagerie qui s’essouffle, tournant en rond dans son bocal de gloire. L’univers de Carroll est si riche, si complexe en ramifications plus ou moins conscientes, que son potentiel est infini, inépuisable dans ses possibilités, ses ouvertures, ses analyses et ses sens cachés. Le vrai pays des merveilles, c’est bien sûr le livre en lui-même, champ de tous les possibles où le texte lui-même, avec ses mots-valises, ses digressions, ses ritournelles et son non-sens, réinvente un certain langage. Mais pour l’instant, je vous laisse vous plonger dans les merveilles visuelles de cet artbook plus que sympathique… Suivez le lapin.
Cecil McKinley







