Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...« Blacksad » on the road …
Avec près de 1,5 millions d’exemplaires vendus de ses 4 premières enquêtes, on peut affirmer sans se tromper que la parution d’un nouvel album mettant en scène le détective félin John Blacksad est toujours un événement. Après 3 ans d’absence, « Amarillo » entraine le héros de Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido dans un énergique road-movie de papier, le long de la mythique Route 66.
Dès le début de ce nouvel album, le ton est donné : Blacksad en a marre de faire le détective et voudrait se trouver un « boulot tranquille » ! Vous y croyez, vous ? Et c’est parti pour un album aux couleurs lumineuses, ce qui ne signifie pas moins sombre pour autant (vous me suivez ?) : « C’est un récit de voyage, qui se déroule de jour, d’où cette impression d’un propos moins noir, en comparaison des précédents épisodes », nous indique le scénariste Diaz Canales, « mais le côté dramatique reste totalement présent », insiste-t-il. Ses propos sont d’ailleurs confirmés par Guarnido : « Ça commence comme si on donnait à Blacksad du calme dans sa vie mouvementée, mais l’intrigue tourne vite au polar. »
En Louisiane, Blacksad, qui en a donc marre de faire le détective, se voit confier, par un riche propriétaire texan, la mission de rapatrier une superbe Cadillac Eldorado jaune à demeure. Prenant la route le sourire aux lèvres, John – manque de bol ! – se fait voler la voiture par deux écrivains beatniks qui cherchent à rejoindre Amarillo, au Texas. Il se lance alors à leur poursuite… On pourrait, dans ce 5ème volet, avoir l’impression que les auteurs placent un peu leur héros en retrait de l’intrigue : « C’est l’histoire qui veut ça puisqu’il a toujours un temps de retard », expliquent-ils. « Dans ce double road-movie, deux voyages s’entrecroisent. Blacksad n’entreprend le sien que pour retrouver sa voiture. Il se situe donc toujours à la suite d’événements qu’il ne connaît pas et qui se sont déjà produits. »

Totalement en phase sur leurs intentions, le scénariste et le dessinateur, qui « échangent à toutes les étapes de l’écriture du scénario et se soumettent le travail de l’un à l’autre pour validation permanente », ont donc décidé ensemble d’envoyer leur héros manger du bitume, au rythme de la célèbre chanson « Route 66 » : « On veut éviter de se répéter », indique Juan Diaz Canales, « pour ne pas ennuyer le lecteur, ni nous-mêmes. » Les références sont évidemment nombreuses à commencer par « Sur la route », de Jack Kerouac, mais aussi « L’Équipée sauvage » ou encore « Sous le plus grand chapiteau du monde ». On y croise aussi les personnages de la Beat Generation : « J’avais très envie de parler de cette génération avec du recul sur leur comportement, notamment la consommation de drogue ou l’utilisation des armes », indique Juanjo Guarnido. « Nous nous sommes basés sur des faits réels. Jack Kerouac, bien qu’ayant un talent unanimement reconnu, s’est auto détruit. Je suis très interpellé par ces pulsions créatrices jusqu’au boutiste. »
Un grand bol d’air et d’espace, donc, dans une série qui devrait, par la suite, retrouver l’atmosphère de films noirs qu’on lui connaissait auparavant : « Nous avons une vision à long terme », dit Guardino. « Il ne faut pas s’attacher particulièrement à cette histoire, qui fait partie d’un tout. L’ambiance du prochain « Blacksad » sera d’ailleurs celle d’un polar plus classique. Comme nous souhaitons élaborer une histoire plus développée, ce futur épisode sera sans doute un diptyque. »
Laurent TURPIN avec un tout petit peu de Gilles Ratier
« Blacksad T5 : Amarillo » par Juanjo Guarnido et Juan Diaz Canales
Éditions Dargaud (13,99 €) – ISBN : 978-2205-07180-1


















