Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...« Le Journal de Jules Renard » par Fred
Plutôt qu’un voyage, contentons-nous d’une promenade, dans les pas d’un promeneur solitaire, un homme à chapeau melon conversant avec un corbeau au gré d’une forêt hivernale et battue par les vents… Deux promeneurs, en fait, Jules Renard et Fred !
Le journal que tint Jules Renard est connu pour ses aphorismes, son humour cinglant, son désenchantement. Fred, en admirateur, a tenu il y a quelques années à en illustrer la sève, publiant dans le journal Le Matin, planche après planche, ces « vacheries » d’un promeneur solitaire. Cela devint, en son temps, en 1988, un album, en noir et blanc reprenant les pages du Matin, mais redécoupées au format « roman ». « Roman graphique » dirions-nous aujourd’hui pour séduire. La preuve que l’appellation est stupide puisque revoilà ces pages au format d’un album traditionnel : le roman graphique est redevenu bande dessinée au format 48 pages ! Un coup de baguette que n’aurait pas renié Fred !
Qu’importe, ce qui compte c’est de retrouver l’auteur, son corbeau inquisiteur et son promeneur cynique et désabusé, dans un décor rarement optimiste et des errances quelquefois nocturnes. Que de ciels cotonneux, orageux, brumeux, lumineux, vertigineux… Un incroyable catalogue de ciels ! C’est aussi un voyage dans les planches savamment déstructurées, moins souvent que dans « Philémon », certes, mais de temps en temps un arbre se superpose sur plusieurs cases, un visage est découpé en plusieurs vignettes, des lignes d’horizon unissent plusieurs arrière-plans… Du Fred de la grande époque, mêlant sa poésie à la fantaisie d’un Renard, à moins que ce ne soit l’inverse ! Et c’est sans compter sur les jeux de mots ! D’ailleurs, le corbeau s’est invité parce que Jules est un renard (et que les deux sont associés depuis La Fontaine) !
François Morel, invité en préface, constate que « la promenade n’est pas très gaie », mais souligne qu’« à chaque instant, on nous rappelle la fragilité des choses et de la vie ». Heureusement, les mots ont la peau dure et le Renard de 1925 comme le Fred de 1988 retrouvent vie dans cette édition complétée de deux planches inédites, grâce aux images !
Les choses, les mots, les images, la vie, quoi ! Alors, bon voyage…
Didier QUELLA-GUYOT ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).http://bdzoom.com/author/didierqg/
« Le Journal de Jules Renard » par Fred
Éditions Dargaud (13,99 €) – ISBN : 978-2-2050-6730-9











