Né le 14 août 1926, le légendaire René Goscinny — disparu trop tôt à l’âge de 51 ans, en 1977 — aurait eu 100 ans cette année ! Une salve de livres célèbre aujourd’hui le centenaire du génial scénariste d’« Astérix », de « Lucky Luke » ou d’« Iznogoud » et créateur du « Petit Nicolas » (1), dont l’un est attendu depuis longtemps, puisque la première partie a paru en 2019. (2) Il s’agit du second volume du « Roman des Goscinny » par Catel (spécialiste du roman graphique biographique avec ses sensibles ouvrages sur Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges, Joséphine Baker…), qui a bénéficié une nouvelle fois, pour cet instructif et touchant portrait, de la complicité d’Anne Goscinny : la fille de cet homme guidé par le plaisir de divertir, dont l’héritage universel continue de faire vibrer toutes les générations…
Lire la suite...» Elle » T1 et » L’Enfant d’éléphant »
Il y a les voyages réels et les voyages fantasmés. Le continent africain fait partie de ces terres qui ont porté tous les rêves et toutes les craintes comme en témoignent par exemple, au dix-neuvième siècle, le roman de Ridder Haggard, » She « , situé alors en des terres inexplorées.
Publié en 1887, » She » est l’œuvre d’un auteur qui connait bien ce continent… puisqu’il a séjourné plusieurs fois en Afrique du Sud dont il offre d’ailleurs une vision certes coloniale mais relativement empathique pour les peuples indigènes. L’histoire se passe en 1880. La découverte d’inscriptions antiques sur des tessons dont il vient d’hériter, conduisent Leo Vincey et son tuteur Horace Holly en Afrique. Ses recherches le mènent à s’intéresser à un royaume secret, situé dans l’actuelle Tanzanie, une civilisation oubliée au cœur de laquelle vit une femme qui attend depuis deux mille ans l’homme qu’elle aime, Kallikratès, son amant, qu’elle a tué au cours d’une crise de jalousie …

Francis Lacassin disait de ce roman : » Empruntant les accents de la tragédie et les péripéties périlleuses du récit d’aventures, ce livre est un roman d’amour, comme on n’en écrit plus guère depuis que les hommes blasés ont perdu le sens de la passion et le goût des contes de Fées « . Cette dimension fantastique, mythique et onirique, on la retrouve dans l’adaptation que viennent de commencer Elie Chouraqui (oui, l’homme de cinéma !) et Alberto Jimenez Albuquerque. L’un suit fidèlement le roman, l’autre caricature et peaufine à la fois des personnages et des décors étonnants, excellemment rehaussés par les couleurs de Sandrine Cordurié. L’ensemble, d’une densité exemplaire, est frémissant de vie et du sens du spectacle.
Cette Afrique fantasmée et fantasmatique, on la retrouve aussi dans Rudyard Kipling (qui correspondit d’ailleurs avec Haggard) et la toute récente adaptation de » L’Enfant d’éléphant » (extrait d’un de ses plus fameux recueils, » Histoires comme ça » et dont on peut retrouver le texte sur ce site), par Dégruel, qui réinvente graphiquement et joliment le fleuve Limpopo. Un nom qu’on croit inventé et ludique ! Pourtant, il s’agit bel et bien d’un fleuve et d’une province de l’Afrique du sud ! Jolie réussite, là encore, que cette vision animalière et décalée, pour les tout petits qui prouve que l’Afrique reste une inégalable boite à fantasmes surtout quand on puise dans les écrits d’Anglais rêveurs et immortels. À noter que suivra une autre adaptation de ce recueil par Yann Dégruel : » Le Chat qui s’en va tout seul « .
Didier QUELLA-GUYOT

» Elle » T1 de AJA et Elie Chouraqui, Éditions Soleil, 13,50 €
» L’Enfant d’éléphant » de Yann Dégruel, Éditions Delcourt, 10,50 €










