Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...« Les Années douces » par Taniguchi et Kawakami
Certes, le dernier Taniguchi est bien une bande dessinée japonaise et cette chronique aurait, peut-être, plus sa place dans notre rubrique « Zoom manga ». Cependant, les ?uvres récentes de l’auteur de « Quartier lointain », du « Journal de mon père » ou de « L’Homme qui marche » sont tellement imprégnées par la bande dessinée francophone, autant dans le dessin que dans la narration, qu’il n’est pas incongru dans le classer dans une case plutôt que dans une autre !
D’ailleurs, les éditions Casterman ne s’y sont pas trompé en proposant ce premier tome des « Années douces » dans leur collection « Écritures » (qui accueille nombre d’excellents romans graphiques, sans barrières géographiques ou stylistiques), avec un sens de lecture occidental qui ne rebutera pas les lecteurs peu habitués à une forme de lecture « à l’envers ».
Dans l’histoire touchante de cette rencontre de deux solitudes (une trentenaire célibataire et un élégant veuf qui a presque le double de son âge), on retrouve tous les atouts des autres chefs-d’œuvre du maître : trait d’une grande finesse, sens aigu de la pose des trames, subtil équilibre de la mise en page, similitude avec une certaine forme de littérature romanesque qui prend son temps pour nous faire partager les petits bonheurs simples de la vie ; Taniguchi s’attardant ici, particulièrement, sur celui des promenades et des découvertes qu’elles occasionnent, mais aussi sur celui du « bien manger », comme il l’avait déjà fait dans « Le Gourmet solitaire », par exemple.

Même s’il y reprend certains de ses thèmes de prédilection, cette adaptation d’un célèbre roman de Hiromi Kawakami (publié en France chez Picquier), où insensiblement, au fil des rencontres, les liens se resserrent entre cette jeune femme et son ancien professeur de japonais qu’elle a retrouvé par hasard, lui permet de sortir un peu de son schéma narratif habituel. Et c’est avec délicatesse et pertinence qu’il nous emporte, doucement mais sûrement, dans cette complicité sereine qui s’installe, malgré la différence d’âge : l’histoire d’une amitié amoureuse qui va ravir les fans du mangaka, mais qui est aussi un bon moyen de découvrir son univers pour tous ceux qui ne le connaissent pas encore !
Gilles RATIER
? Les Années douces ? par Jirô Taniguchi et Hiromi Kawakami
Éditions Casterman (15 Euro)







