Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...« La Rafale T3 : Terminus Saigon » par Winoc, Patrick Cothias et Patrice Ordas
Le train est synonyme de voyage, mais pas tous les trains. Surtout pas un train nommé « La Rafale » ! La rafale comme le vent qui souffle ? Non, plutôt comme les balles qui sifflent, ou comme l’avion du même nom, car c’est d’un convoi militaire qu’il s’agit, un convoi chargé de ravitailler les hommes en pleine guerre d’Indochine et dont « Terminus Saigon » clôt le cycle qui porte également ce nom…
En 1948, la France s’enlise dans la guerre d’Indochine. Frédéric Daguet est alors un jeune ingénieur de la Compagnie des chemins de fer transindochinois. Le communiste, ex-résistant, s’y ennuie jusqu’à ce qu’on le missionne pour conseiller la Légion Etrangère dans le projet de construire un train blindé et pour s’occuper de la sécurité de cette étonnante forteresse roulante que sera « La Rafale », chargée d’assurer ravitaillement et sécurité des troupes de part et d’autre du Vietnam, la fameuse piste Hô Chi Ming, et même de transporter des civils.
En trois tomes, la série met en scène la puissance colonisatrice armée et la lutte anti-coloniale qui s’y oppose. La vision militariste est en effet constamment compensée par les atermoiements du héros – et par des épisodes « amoureux » – car Daguet est fasciné par l’audace de l’ennemi autant que par le courage des légionnaires. Loin d’être militariste, il est même très vite atteint par ce que certains appellent le «Mal Jaune», véritable passion pour ce pays qui est devenu le sien où les fonctionnaires français agissent ni plus ni moins en seigneurs implacables. Épris d’une prostituée parisienne aux relations politiques douteuses, Daguet, aidé de ses camarades, finira par aller jusqu’au bout de ses sentiments pour la jeune My Linh, militante révolutionnaire…
C’est vivant, bien mené et romanesque à dessein. Dessinée de façon réaliste, l’histoire se voit complétée par deux dossiers dans les tomes 2 et 3, documentaires sur les trains blindés de la Légion étrangère en Indochine avec force cartes et photos. L’importance du réseau ferré et des trains blindés, ainsi que cette notion de rafale désignant plutôt une succession de convois, y sont présentées, sans négliger la vie quotidienne des légionnaires ou le problème des sabotages et embuscades organisés par le Vietminh, « ennemi » dont on eut pu indiquer plus nettement la légitimité indépendantiste.
Alors bon voyage !
Didier QUELLA-GUYOT ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/]
« La Rafale T3 : Terminus Saigon » par Winoc, Patrick Cothias et Patrice Ordas
Éditions Bamboo/Grand Angle (13,90 €) – ISBN : 978-2-81892-566-9











