« Mattéo » T2 par Jean-Pierre Gibrat

À peine sorti de l’atrocité des combats dans les tranchées, le photographe Mattéo, toujours déserteur, revient clandestinement d’Espagne où il s’était réfugié. Avec Gervasio, un ami de son père, il s’embarque pour Petrograd, juste après qu’ait eu lieu la Révolution russe d’octobre 1917.

Missionné par les anarchistes ibériques, il est accueilli à grands coups de vodka, mais il se rend vite compte que ce sont les Bolchéviques qui ont pris le pouvoir et qui sont à la tête de tous les comités révolutionnaires ; alors que ces derniers ne représentent qu’une faible minorité par rapport aux forces anarchisantes. Pendant ce temps-là, dans les rues, le peuple règle ses comptes et les bourgeois se font assassiner à tous les coins de rue…

Avec son beau trait aquarellé, sensuel et élégant, Jean-Pierre Gibrat continue d’évoquer la destinée tragique de son personnage, lequel va traverser tous les tourments de la première moitié du XXème siècle, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Même si son trait, rehaussé par de somptueuses couleurs, est un peu plus épuré qu’à l’ordinaire, l’époustouflant dessinateur du « Sursis » ou du « Vol du corbeau » (et le scénariste original des récents et excellents « Gens honnêtes » illustrés par Christian Durieux) nous propose un ambitieux, séduisant et troublant portrait d’un jeune homme ballotté par toutes les désillusions et les espoirs de son époque. Si l’humaniste Mattéo est bien au centre de son récit, Gibrat met aussi en scène de nombreux personnages aux charmes évidents, telle la pure et dure Léa : une de ces femmes qui avaient une vision novatrice de la société et qui ont adhéré très tôt aux mouvements révolutionnaires.

Le trait de l’auteur sculpte alors les visages et les corps pour leur donner vraiment vie ! Son art de la narration, aux mille nuances, nous emportant dès les premières pages, dans un parcours certes lugubre, mais heureusement parsemé de pointes d’humour ! Avec cette intrigue romanesque, Jean-Pierre Gibrat aborde, sans manichéisme, des thèmes aussi forts que le pacifisme militant ou le fait que l’engagement politique est souvent lié à des démonstrations affectives : bref, que l’on peut se battre autant par amour que par conviction…

Gilles RATIER

? Mattéo : deuxième époque (1917-1918) ? par Jean-Pierre Gibrat
Éditions Futuropolis (16 Euro)

Galerie

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