Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...« Tourne-Disque » par Raphaël Beuchot et Zidrou et « Jeux sans frontières » par Ptiluc
En 1930, un violoniste de renom, Eugène Ysaÿe est invité à se produire au Congo. L’Afrique ! Il en rêvait et il va enfin la découvrir en séjournant chez un neveu en compagnie d’Henri (Henri, c’est le prénom qu’il donne à son violon !). Alors que le Gouverneur astique son discours, à peine arrivé, l’artiste attrape un sévère torticolis et le concert est ajourné…
Bloqué, Eugène se laisse chouchouter, prend son temps, observe et fait connaissance de Tourne-Disque, un boy discret dont l’unique mission est de mettre les disques. Il a 47 ans et il fait ça depuis l’âge de 8 ans ! Cela évite au neveu de se lever toutes les cinq minutes pour les choisir ou les retourner. Mais c’est à la faveur de l’absence du neveu qu’Eugène va vraiment découvrir l’Afrique, les petits plats de Marie et les connaissances musicales étonnantes de Tourne-Disque. Elles s’appuient sur une discothèque exceptionnelle, celle du père de Lucien qui faisait collection de 78 tours. Entre mélomanes, le courant passe et Tourne Disque invite Eugène à rencontrer sa famille dans son village.
Zidrou est comme d’habitude sensible, pour ne pas dire touchant. Il sait y faire pour brosser un contexte charmeur et son Afrique coloniale n’est pas taillée à la serpe : tous les personnages ont leur part d’humanité. L’enjeu n’est à l’évidence pas de jouer la carte de l’anticolonialisme, mais de s’approcher des individus, d’en souligner les richesses et de toucher les cœurs. Pari réussi ! De son côté, la ligne claire, légère, aérienne, de Raphaël Beuchot portraiture efficacement la galerie de personnages, ne s’aventurant qu’à certains moments à détailler les décors. Il y a finalement dans ces pages quelque chose d’éthéré qui colle à la musique classique, toujours présente et comme incongrue, paradoxale au pays des tam-tams.
Rappelons que les auteurs avaient déjà réuni leur talent pour mettre l’Afrique en images. C’était avec le superbe « Montreur d’histoires », en 2011.
Alors, « Méritons-nous vraiment l’Afrique ? », comme se le demande le Gouverneur de Zidrou ? On peut retourner la question et se demander si l’Afrique mérite ses colons, ou, mieux, ses humanitaires, question que se pose clairement Ptiluc dans « Jeux sans frontières » ? Quel rôle joue finalement les ONG ? Là où les auteurs de « Tourne Disque » jouaient la délicatesse et la subtilité, Ptiluc enfonce là où ça fait mal, sans pitié. Ses humanitaires sont souvent des naïfs et des imbéciles et ce qui leur arrive semble mérité tant ils paraissent stupides et têtes à claques !
D’un côté, la tendresse ; de l’autre, un certain cynisme : les deux faces d’une même réalité peut-être ?
Alors, bon voyage.
Didier QUELLA-GUYOT ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook) : http://bdzoom.com/author/didierqg/
« Tourne-Disque » par Raphaël Beuchot et Zidrou
Éditions Le Lombard (17,95 €) – ISBN : 978-2-8036-3219-0
« Jeux sans frontières » par Ptiluc
Éditions Paquet (10, 50 €) – ISBN : 978-2-8889-0647-6










