Après une remarquable adaptation de la série « Parker », consacrée au malfrat imaginé par Richard Stark (l’un des pseudonymes de Donald E. Westlake), l’excellente collection Aire noire des éditions Dupuis — conjointement dirigée par Doug Headline et Olivier Jalabert — propose celle de « Dortmunder » : un cambrioleur malchanceux, également créé par le célèbre romancier américain. Orfèvre en la matière, Doug Headline fait entrer dans le monde de la bande dessinée, avec panache, ces deux héros inoubliables. Le texte est sublimé par les planches de Jesús Alonso Iglesias : un remarquable dessinateur espagnol, au trait vif et original.
Lire la suite...« Les Larmes de l’assassin » par Thierry Murat
Dans Patagonie, il y a « agonie », ce qu’on comprend bien en lisant » Les larmes de l’assassin « , la BD adaptée du roman éponyme d’Anne-Laure Bondoux. Là, dans les années Trente, à l’extrême sud du Chili, à plus de 3000 kms de sa capitale, Santiago, non loin de Punta Arenas (et d’Ushuaia, l’Argentine) survit une famille miséreuse. Déjà brutalisée par le destin, voilà qu’arrive pour la détruire presque totalement Angel Allegria?
Sous ce nom d’ »ange joyeux » se cache un assassin en cavale, un monstre de cruauté, qui tue les parents et épargne leur enfant Paolo. Il s’installe et, parce qu’il n’a pas osé achever son « œuvre », décide de l’élever comme son fils (c’est ce dernier, le narrateur). Ce face à face imprévu l’amène à ressentir l’impensable : de bons sentiments ! Mais tout est à nouveau chamboulé avec l’arrivée de Luis Secunda, un trentenaire désabusé au ban de sa famille comme Angel l’est de la société et qui cherche lui aussi le dénuement et l’enracinement.

Un tel récit porté par les silences et les tensions, sur paysages désertiques et ventés, supposait des dessins dépouillés au graphisme âpre et rustique, ce que réalise avec brio Thierry Murat. L’économie de moyens graphiques n’a d’égal que la puissance de ses couleurs granuleuses qui confère à ses décors une atmosphère pesante et angoissante. Entre l’illustration de textes off et les séquences réellement BD, l’ensemble constitue un récit émouvant, poignant, qui tire aussi sa force du récit initial paru chez Bayard en 2003 (pour les adolescents !) et qui reçut de nombreux prix.
Alors, bon voyage !
Didier QUELLA-GUYOT (L@BD et blog)
» Les Larmes de l’assassin » par Thierry Murat,
Éditions Futuropolis (18 €)







