Né le 14 août 1926, le légendaire René Goscinny — disparu trop tôt à l’âge de 51 ans, en 1977 — aurait eu 100 ans cette année ! Une salve de livres célèbre aujourd’hui le centenaire du génial scénariste d’« Astérix », de « Lucky Luke » ou d’« Iznogoud » et créateur du « Petit Nicolas » (1), dont l’un est attendu depuis longtemps, puisque la première partie a paru en 2019. (2) Il s’agit du second volume du « Roman des Goscinny » par Catel (spécialiste du roman graphique biographique avec ses sensibles ouvrages sur Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges, Joséphine Baker…), qui a bénéficié une nouvelle fois, pour cet instructif et touchant portrait, de la complicité d’Anne Goscinny : la fille de cet homme guidé par le plaisir de divertir, dont l’héritage universel continue de faire vibrer toutes les générations…
Lire la suite...Décés de Yoshihiro Tatsumi
Yoshihiro Tatsumi, l’un des premiers mangakas édités en France, est décédé ce samedi 7 mars 2015. Alors qu’au Japon le manga n’était qu’un média infantile trusté par un certain Osamu Tezuka, Yoshihiro Tatsumi a choisi une voit plus adulte en lançant, avec d’autres auteurs, un courant toujours d’actualité : le Gekiga.
Yoshihiro Tatsumi avait 79 ans. Né le 10 juin 1935 à Osaka, il a réalisé son autobiographie « Une vie dans les marges », entre 1995 et 2006. Ces deux pavés, qui totalisent plus de 800 pages, sont édités en français chez Cornelius, depuis 2011. « Une vie dans les marges » fut récompensé par le prix Regards sur le monde au festival d’Angoulême 2012, ainsi que par le Prix Asie de l’ACBD la même année. Dés 2005, en France, il a été reconnu comme un auteur majeur de la bande dessinée avec l’attribution d’un prix pour l’ensemble de son œuvre décerné lors du festival d’Angoulême.
Un film, inspiré de son autobiographie, a été réalisé en 2011 par le réalisateur singapourien Eric Khoo. Sobrement appelé « Tatsumi », il met en image son parcours et le travail laborieux d’un créateur de manga alternatif au Japon. Ce film adopte une animation minimaliste, respectant toute la force du dessin original du mangaka.
En France, Yoshihiro Tatsumi a d’abord été publié par Atos Takemoto dans la revue Le Cri qui tue (entre 1978 et 1981). Puis, une adaptation de son travail sur les méfaits de la guerre et du bombardement allié fut publiée en 1983 dans le recueil « Hiroshima » des éditions Artefact. Cette bande dessinée cartonnée fut l’une des premières à réellement être éditée en France, du moins en album style franco-belge.
En langue anglaise, le dessinateur Adrian Tomine s’est associé avec l’éditeur canadien Drawn and Quarterly pour publier de manière régulière ses oeuvres, depuis 2002.
Si, au départ, le Gekiga est désapprouvé par le public et les professionnels comme Osamu Tezuka qui considérait que le manga devait être avant tout un divertissement, ce genre a fini par s’imposer naturellement. En 1959, deux ans après en avoir inventé le concept, Yoshihiro Tatsumi crée l’Atelier du Gekiga avec d’autres dessinateurs indépendants : Fumiyasu Ishikawa, Masahiko Matsumoto, Kei Motomitsu,Shōichi Sakurai, Takao Saitō, Masaaki Satō et Susumu Yamamori. Cette association n’a réellement duré que 8 mois, mais a donné une légitimité à ces auteurs jusqu’ici méconnus. Depuis, Yoshihiro Tatsumi a reçu en 2009, dans son pays natal, le 13e Prix culturel Osamu Tezuka. Reconnaissance ultime pour son autobiographie « Une vie dans les marges », cette récompense est décernée par le plus grand quotidien de l’archipel : l’Asahi Shimbun.
Tatsumi a commencé sa carrière à 17 ans avec « Kodomo jima » (L’Île des enfants) et ne s’est arrêté de dessiner qu’il n’y a que très peu de temps, même si sa vie a été émaillée de longue période de doutes, de remises en question et de soucis avec les éditeurs. Avec « Une vie dans les marges » et le reste de son œuvre, il nous laisse un grand témoignage sur la vie de mangaka.
Gwenaël JACQUET










