Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...Jean Acquaviva n’est plus…
Nous venons d’apprendre le décès du scénariste Jean Acquaviva, pseudonyme d’Antoine Graziani, né le 24 juin 1924 à la Londe-les-Maures (Var) et décédé le 14 mars à Bastia (Corse).
Après avoir distribué des tracts pour la Résistance, il devient chef de bureau des jeunesses francistes où il rédige la page du « Front de la jeunesse ».
Interné à la Libération, après avoir passé huit mois à Clairvaux, il est retenu au camp de Struthof pendant trois ans. Il s’en évade, entre dans la clandestinité, puis sera gracié avec une peine commuée en 20 ans de réclusion criminelle.
Décorateur à la jeunesse et au sport, porteur de faux papiers au nom de Jean Acquaviva, il publie ses premiers textes dans Le Pélerin en 1950.
Pour la Maison de la Bonne Presse, il collabore à Bayard où il écrit des contes, des nouvelles (sous le pseudonyme Jean-Simon Rutalais), signe la rubrique cinéma (pseudonyme Saint-Alban), adapte en français le « Procopio » de Lino Landolfi sous le pseudonyme de Pierre Mérou, ainsi que des bandes dessinées elles aussi italiennes : « Hiawatha », « La Clé d’Antar », « Velthur le pacifique », « Ben Hur », « Spartacus », « Tecumseh »…
Il écrit aussi des scénarios originaux pour des auteurs français : « La Course à l’uranium » et la suite de « Hiawatha » pour Alain d’Orange,
« Yvan des Valdaï » pour Loÿs Pétillot, « Stop au signal rouge ! » pour José Ramón Larraz, « Les 7 Samouraï » pour Pierre Forget,
« Lolo et Mandoline » et surtout « Tony Sextant » pour Julio Ribera,
« Bill Jourdan »
puis « Pascal et Michèle Monfort » pour Pétillot (que vient de rééditer Le Coffre à BD)… et des récits complets didactiques illustrés par Juan Arranz, Jordom, Ribera, Max Lenvers…
Véritable homme-orchestre de l’hebdomadaire catholique, Jean Acquaviva publie ses derniers scénarios dans Record (successeur mensuel de Bayard) jusqu’au milieu des années 1960. Notons qu’à la même époque il collabore pour la télévision à l’émission « L’Homme du 20ème siècle » de Pierre Sabbagh, écrit des textes pour les chansonniers, pour la publicité…
Brutalement évincé de Record, il débute en 1965 une longue collaboration avec les éditions Aventures et Voyages où il adapte près de 300 séries venant d’Italie, d’Allemagne, des États-Unis, d’Espagne… Plus de 3 200 épisodes publiés par les pockets portant le label Mon Journal : Brik, Akim, Bengali, Yataca, Captain Swing, En garde, Apaches, Whipii, Atemi, Antares, Lancelot, Totem, Tipi…
Il est aussi l’auteur d’une aventure de Jerry Spring dessinée par Jijé (« Les 3 Barbus de Sonoyta ») publiée dans Spirou (en 1957 et 1958) et de celles de Bonux Boy dessinées par Benoît Gillain dans le journal publicitaire éponyme (vers 1960-1962).
Antoine Graziani prend sa retraite en 1984. Il vivait en Corse où il s’était installé au cours des années 1970.
Bien que ses scénarios, mais aussi ses traductions, aient été lus par des millions de lecteurs, c’est un anonyme qui vient de nous quitter…
On peut lire un passionnant entretien avec Antoine Graziani réalisé par François-Xavier Rahier dans le n° 113 du magazine Hop ! (encore disponible, Louis Cance, 56 boulevard Lintilhac, 15000 Aurillac).






















Ouaip. Encore un, dirait-on simplement.
Encore, parce ce qu’une certaine génération d’artistes « historiques » est en train de disparaître. ceux qui ont construit la Bande Dessinée française (franco-belge) d’après-guerre.
Encore, parce que c’est un artiste peu connu par le public malgré une longue carrière dans des périodiques connus et lus par des milliers de gens.
Mouais.
Encore un issu de la collaboration, mais celui-là n’est pas passé par Pilote !
Oui, et alors? Il y a aussi tous les autres qui après se sont retrouvés à VAILLANT ou COQ HARDI!