Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...« Emmett Till » par Arnaud Floc’h
Tout le monde connait l’histoire de Rosa Parks, cette Américaine noire qui refusa de céder sa place à un Blanc dans un bus d’Alabama, en 1955, fait « divers » où s’illustra un jeune avocat, Martin Luther King. L’histoire d’Emmett Till, la même année, est moins connue et beaucoup plus abominable, d’une part parce qu’il s’agit d’un adolescent, d’autre part parce qu’il fut sacrifié au nom d’un racisme « ordinaire », enfin parce que le procès qui s’ensuivit fut une mascarade…
Emmett Till habite Chicago où le racisme est plus « discret », pourrait-on dire, que dans le Sud. En 1955, il a 14 ans et sa mère l’envoie chez ses cousins, à Money, un petit bled du Mississipi. Le Sud, c’est cette région où les Noirs ont trimé plus que de raison au service de planteurs exploitant leur force physique, rabaissant ouvertement les « négros » et abusant des jeunes « négresses » parce que la chair est triste, hélas ! La bonne conscience des Blancs made in USA et leur suffisance mentale, sous couvert d’une religion qui ne condamnait même pas leurs actes, les pousse à brimer, à frapper, sans état d’âme ce qui n’est pas blanc, car les réflexes esclavagistes ont la vie dure et le lynchage excite encore certains esprits. Alors, quand le jeune Emmett, garçon jovial et confiant, se permet une plaisanterie à peine potache vis-à-vis d’une commerçante, dans un magasin réservé aux Blancs (l’apartheid, ce n’est pas que l’Afrique du Sud !), la violence inhumaine d’individus sûrs de leur bon droit, rejaillit sans honte, les invitant à commettre jusqu’au meurtre des atrocités sans nom sur ce gamin à l’humeur conviviale.
Cette histoire, Arnaud Floc’h la délivre par séquences, au fil d’un entretien entre un vieux bluesman et un jeune journaliste venu, semblait-il, pour une chronique musicale. Habilement construite, l’évocation de la triste destinée d’Emmett se découvre peu à peu, autant que la vie de ces deux hommes et de ce qui peut les réunir, 60 ans plus tard.
De son trait réaliste, Floc’h brosse une galerie de portraits peu reluisants d’où émergent implacablement l’injustice, l’inacceptable, l’écœurement face à ces « Derniers jours d’une courte vie » (sous-titre de l’ouvrage) dans ce Mississipi où les miasmes des marais semblent avoir pourri les cerveaux des Blancs, évidemment plus riches et tout-puissants que les miséreux qui vivent dans leurs cabanes en bois, à l’écart des villes. Soutenu par Amnesty International, l’album comprend en outre un dossier de quelques pages avec photographies et bibliographie, autant dire un prolongement tout à fait intéressant et pertinent.
Alors, « bon voyage » !
« Emmett Till » par Arnaud Floc’h
Éditions Sarbacane (19, 50 €) – ISBN : 978-2-8486-5771-4











