C’est le 15 avril 1941 qu’Edgar Jacobs est présenté par son ami d’enfance Jacques Van Melkebeke à Hergé, à l’occasion de la représentation de « Tintin et Milou aux Indes » au théâtre des Galeries, à Bruxelles : une pièce écrite par Hergé et Van Melkebeke. Cette rencontre marque le début d’une longue et fructueuse amitié entre le dessinateur des aventures du déjà célèbre Tintin et l’imposant baryton devenu dessinateur par nécessité. Au fil de cet ouvrage passionnant, Éric Verhoest revient sur les trois décennies au cours desquelles les deux maîtres de la ligne claire se sont livrés à un amical duel. Jacobs, et plus encore Hergé, ont fait l’objet d’une multitude d’ouvrages (1) ; celui-ci est le premier réunissant les destins croisés de ces deux géants de la bande dessinée belge.
Lire la suite...« Les Rêveries d’un gourmet solitaire » par Jirō Taniguchi et Masayuki Kusumi
Retour d’un classique du plus européen des auteurs japonais ! Il serait facile de dire « on reprend les mêmes et l’on recommence », mais ce serait réducteur, tant bien même la trame de cette succession d’histoires courtes est quasiment immuable : le lecteur suivant les pérégrinations d’un homme qui cherche à se restaurer et qui, après moult hésitations, nous décrit avec détails les plats qu’il déguste. Et s’il est satisfait, il n’hésite pas à se resservir jusqu’à satiété et ressort toujours le ventre bien plein. Le scénariste Kusumi arrivant à rendre ces moments uniques et délicieusement sympathiques ; Taniguchi les mettant bien évidemment subtilement en images.
Le gourmet solitaire, c’est un vendeur sans boutique. Il a sa propre entreprise d’import d’articles de mode et sillonne le Japon pour trouver ses clients. Sans réelles attaches, il n’a pas vraiment besoin d’être régulièrement chez lui. C’est, comme le titre du recueil l’indique, un solitaire. Mais c’est aussi, et surtout, un homme qui aime manger. En tant que gourmet, il n’hésite pas à franchir la porte d’un restaurant ethnique afin de découvrir de nouvelles saveurs. Mais il sait également se contenter d’un bon repas typiquement japonais. Chaque établissement ayant ses propres recettes, c’est toujours pour lui une découverte, faite de surprises, souvent agréables. ECependant, il déteste faire la queue et préférera une échoppe qui ne paye pas de mine à un grand restaurant qui n’attend pas après lui pour travailler. Il aime aussi sa tranquillité et, lorsque les autres clients sont trop bruyants, il n’hésite pas à le leur faire remarquer. Même si, après coup, il se dit qu’il aurait mieux fait de s’abstenir. En fin connaisseur, il sait également apprécier une simple pizza, mais remarque immédiatement que le Tabasco sur la table et le Coca-Cola ne font pas vraiment couleur locale. Qu’importe, il n’est pas en Italie, mais au Japon et les plats doivent être adaptés aux goûts des autochtones.

Les histoires courtes du « Gourmet solitaire » étant indépendantes les unes des autres, cela explique peut-être que ce second opus ne soit pas numéroté, mais simplement titré « Les Rêveries d’un gourmet solitaire ». Depuis la sortie du premier volume, en 2013, la maquette de la collection Écritures a évolué. Casterman en a donc profité pour rééditer le premier volume et ainsi uniformiser les deux tomes pour les nouveaux acheteurs. Les couvertures ont dorénavant une illustration en bichromie dans les tons bleu et noir. Le papier, plus épais, est d’un blanc éclatant, parfaitement opaque. Exit ce côté jaunâtre qui faisait le charme de la précédente édition. Heureusement, les deux recueils gardent la même taille, ils ne dénoteront donc pas côte à côte, dans une bibliothèque, même si la tranche rouge du premier fait aujourd’hui bien tape à l’œil comparé à la sobriété du noir et du marron de la nouvelle édition.
Ce manga n’est pas un guide sur la cuisine, c’est une déambulation de restaurant en restaurant. Une tranche de vie bien ciblée sur ces moments privilégiés de cet homme ordinaire qui prend plaisir à manger. Néanmoins, les plats y sont toujours décrits de manière détaillée, même lorsqu’il s’agit de cuisine étrangère. À ce propos, lors de son passage à Paris, il ne consomme pas vraiment de plats typiquement français, mais un vrai couscous marocain. Comme il le dit, l’avantage, c’est qu’« il n’y a pas d’alcool dans la cuisine hallal. Pas de poivrot parmi les clients… Tout le monde mange dans le calme ». En effet, ce gourmet est amateur de nourriture, mais bizarrement, ne consomme pas d’alcool. Il serait sûrement malheureux avec la cuisine française. En revanche, il n’hésite pas à se griller une cigarette après le repas : chacun ses vices.
Un nouveau roman graphique de Taniguchi, cela ne se refuse pas. Toujours dans la retenue et la contemplation, ce genre de mangas se lit avec délectation. D’une traite ou chapitre par chapitre, afin de faire durer le plaisir : au lecteur de choisir son rythme. C’est également un plaisir de découvrir toute cette culture culinaire mise en valeur par un homme qui prend le temps de déguster un bon repas. En plus de partager une tranche de vie, le lecteur se cultive et devient incollable sur les différents types de riz et la manière de l’accommoder. De quoi ouvrir l’appétit.
Gwenaël JACQUET
« Les Rêveries d’un gourmet solitaire » par Jirō Taniguchi et Masayuki Kusumi
Éditions Casterman, collection Écritures (16,95 €) – ISBN : 9782203098237















Bonjour,
« Depuis la sortie du premier volume, en 2013, la maquette de la collection Écritures a évolué. »
Si je puis me permettre, la précédente édition du Gourmet solitaire n’était pas la première, puisque ce récit avait été publié dans la collection manga Sakka de Casterman en 2005 (puis Ecritures en 2013).
C’est pour cette raison que j’évoque « le premier volume …/… (dans) la collection Écriture » et non la première édition. La maquette de la collection Saka étant très différente de l’édition trouvable actuellement : Couverture quadrichromie pleine page et format 15,1 x 21.1 cm. Alors que la collection Écriture propose ce manga dans un format un peu plus grand (17,1 x 24 cm).
Personnellement, je n’accroche pas du tout à ce gourmet solitaire. Le premier volume m’avait profondément ennuyé et je n’y avais vu absolument aucun intérêt. Une série TV en a été tirée qui me paraît tout aussi soporifique.
Les Japonais raffolent de la bouffe. C’est une obsession nationale qui occupe une place incroyable dans les programmes télé, les quotidiens, les magazines et les brochures touristiques. Chacun son truc.