Cette récente bande dessinée — reprenant une enquête du Nestor Burma de Léo Malet — est non seulement réussie, elle sort vraiment de l’ordinaire ! Déjà, il s’agit du dernier roman original avec le célèbre détective de choc (le titre suivant le mettant en scène n’étant que la réécriture d’un texte du romancier, déjà paru en 1948) et du premier entièrement réalisé par François Ravard (après qu’il ait dessiné, également d’après l’univers graphique de Jacques Tardi, « Les Rats de Montsouris », dont Emmanuel Moynot avait assuré l’appropriation scénaristique), mais c’est aussi l’une des rares fois où Burma quitte la capitale (1) : d’ailleurs, lors de sa parution en 1970, aux éditions Fleuve noir, le récit ne faisait pas partie du cycle « Les Nouveaux Mystères de Paris ».
Lire la suite...« L’Été fantôme » d’Elizabeth Holleville
Avec son 2ème album, Elizabeth Holleville livre un sensible et très attachant conte initiatique hors-norme, à la fois fantastique et intimiste.
Comme tous les ans, Louison, 10 ans, sa sœur et ses cousines passent leurs vacances d’été sous le soleil éclatant du sud, dans la maison de leur grand-mère, en bord de mer. La vieille dame, qui n’a plus toujours toute sa tête, occupe son temps avec son chien Rodin. Malheureusement pour elle, qui se faisait une joie de retrouver tout son monde, Louison constate rapidement que les autres filles, plus âgées, ont désormais des préoccupations adolescentes qui ne la concernent pas.Commence alors pour elle un été chargé d’ennui et de déambulations solitaires, jusqu’au jour où elle rencontre le fantôme de sa grand-tante Lise, morte 60 ans plus tôt…

LE récit devient alors tourbillonnant, au climat étrange et aux émotions multiples, conciliant les aventures de la gamine et de son amie aux mystérieux pouvoirs, réels ou fantasmés, l’apprentissage des émois et désarrois adolescents pour les plus grandes, et la vie qui s’éteint doucement dans l’univers de la grand-mère.
L’autrice, qui évite le piège du déjà-vu stéréotypé sur la fin de l’enfance, n’hésite non seulement pas à s’étirer dans l’espace et jouer des silences et des sensations, mais aussi à déployer son récit dans la durée, avec un rythme croissant, qui finit follement, comme souvent la dernière partie des vacances des adolescents.
À sa mesure personnelle maitrisée, Elizabeth Holleville installe et développe, en parallèle, les dimensions fantastique et intime de son histoire. Son graphisme clair, sa mise en scène dynamique et son découpage large (les planches ne font pas plus de 6 cases), enluminés de couleurs chaudes, épaulent un récit graphique abouti et captivant, dont la richesse et l’universalité des propos sur la vie et la mort séduiront, à des niveaux différents, le public le plus large.
Laurent TURPIN
« L’Été fantôme » d’Elizabeth Holleville
éditions Glénat, collection 1000FEUiLLES( 25 €) – ISBN : 9-782344-019122











